Cf. V. 1753 : Rolland ad mis l'olifant a sa bûche
Empeint le bien, par grant vertut le sunet.
Hait sunt li pui e la voiz est mult lunge Granz trente liwes Toirent il respundre.
Cf. de même, v. 1765, sq. et v. 1789 :
Del corn qu'il tient l'oïe en est mult grant Ço dist li reis : « Cel corn ad lunge alcinc. »
LES EMPRUNTS A l'ÉPOPÉE POPULAIRE 3OI
ticulier, la forme qu'elle avait prise dans la chanson, que nous a conservée le manuscrit d'Oxford.
Il est vrai que le cas de Roland serait unique. Pour tous les autres gabs le hasard seul aurait déterminé leur attribution. On ne saurait établir un rapport quelconque entre chacun d'eux et le personnage auquel on en fait honneur. Par suite, aucun de ces héros. ne rappellerait, même par des traits déformés, la physionomie, que leur donnait Tépopée. Et comme ces gabs n'ont rien en eux de particulièrement épique, l'étude de ces plaisanteries et de leurs auteurs ne pourrait, en aucune façon, nous renseigner sur la connaissance, que l'auteur du Voyage pouvait avoir des chansons de geste. Telle est du moins la conclusion, qui se dégage de l'.examen fait jadis par M. Morf de cette scène des gabs ' et celle qui, depuis, semble généralement adoptée *.
Il est cependant aisé de montrer, que, pour plusieurs des héros en question, il y a pour ce qu'ils font dans cette scène des gabs^ ce qu'ils y sont et ce qu'ils y disent, un rapport certain avec leur personnalité traditionnelle. C'est Koschwitz lui-même qui, par un ingénieux rapprochement ', nous fournit la preuve, qu'au moins pour Churlemagne le poète s'est préoccupé de le faire « gaber » en conformité avec le caractère, que" certaines traditions lui prêtaient. On sait, en effet, en quoi consiste la vanterie de Tempereur. Que le roi Hugon choisisse le plus vigoureux de ses chevaliers, qu'il le révête d'une double armure et le fasse monter sur un bon cheval, il se fait fort, lui, Charlemagne, de trancher d'un seul coup armures, cavalier et cheval, et d'enfoncer l'épée en terre jusqu'à la moitié de la lame (v. 45^-464). On ne voit pas au premier abord, pourquoi cet exploit est particulièrement attribué à Charlemagne, ni même pourquoi on le représente comme une imprudente vantardise. A part certains détails, ajoutés pour corser la gageure, il n'est pas d'exploit plus fréquent ni même plus banal dans nos chansons de