Chevaliers qui se combatoient
Jusques braiers s'entrefendoient :
Li grant destrier du cop donné
Restoient par mi tronçonné
Bien sont de mentir a meismes Cil qui vont contant tiex noées Si sont eles souvent louées Car Gautier, Bebot et dan Gile Guident que ce soit évangile »
cité par Nyrop, ibid.^p. 336-337.
3. Cf. Stengel, Literaîurbhtt. fur ^erm. und rom. Philologie^ 1881, p. 289.
4. Cf. Gaston Paris, Histoire poétique de Charkmagtiet pp. 345, sq.
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diverses manifestations de cette vigueur corporelle *. Or, il en est une, qui présente avec le gab du Voyage en Orient de frappantes analogies *. La ressemblance est même telle qu'elle ne peut être fortuite. La seule question qui se pose est celle de savoir, lequel, du poème français ou du Psetido-Turpiny a emprunté ce trait à l'autre. Koschwitz affirmait, que celui-ci n'avait fait que suivre celui-là. Mais il n'en donnait aucune raison et se laissait uniquement guider par ce qu'il croyait de la prétendue ancienneté du Voyage '. La date nouvelle, que nous avons fixée à sa composition, suffit à renverser le rapport et, à moins de recourir à l'hypothèse d'une source commune, à laquelle les deux textes auraient emprunté ce même trait, la seule considération de leur âge respectif nous force à admettre, que c'est le Voyage, qui a emprunté à la chronique monacale l'idée et la matière du gab attribué à Cbarlemagne. Mais en outre, dans l'hypothèse de Koschwitz, on ne s'expliquerait pas les variantes du Pseudo-Turpin. Pourquoi l'auteur, qui voulait nous donner une grande idée de la vigueur de Cbarlemagne, aurait-il, en empruntant au Voyage le trait qu'il rapportait, fait disparaître précisément les détails les plus extraordinaires et les plus caractéristiques * ? Dira-t-on que. c'est par souci de la vrai-
1 . Le chapitre xx est intitulé : De persona et fortitudine Karoli,
2. « Tantae fortitudinis erat, quod militem armatum, scilicet inimicum suum, sedentem super equum a vertice capitis usque ad bases simul cum equo uno iau spata propria secabat. » Éd. Castets, p. 39.
3 . Il est même curieux de constater, qu'après avoir établi le rapport des deux textes, d'après Tâgç attribué par lui au poème, Koschwitz se servait de ce rapport même comme d'un nouvel argument en faveur de l'ancienneté du poème. Comme le chapitre du Pseudo-Turpin est des vingt premières années du xnc siècle, le Voyage en Orient, qu'il aurait connu et utilisé, devrait forcément lui être antérieur. ' Cf. V Introduction à la quatrième édition du poème, p. xiv.
4. Il n'est question en effet dans le Psettdo-Turlnn ni des deux hauberts, ni des deux heaumes dont Charles veut qu'on arme celui qu'il s'offre à « trancher » (v. 456 et 460). Rien non plus de la vigueur particulière de son adversaire, ni de celle du cheval. Dans le poème Charles réclamait pour l'abattre le chevalier de la a maisniée » d'Hugon qui fut le plus fort et le plus r membrez » (v. 455). Il voulait aussi qu'on lui fit monter un « destrier sojomet » (v. 547). Enfin le Pseudo-Turpin raconte qu'il coupa simplement en deux cheval et cavalier, sans enfoncer son épée dans la terre à la profondeur que fixe le Voyage en Orient.
semblance ? Une pareille préoccupation est aussi étrangère que possible à Fauteur du Pseuio-Turpin, Le même chapitre nous rapporte d'autres traits, qui passeraient difficilement pour vraisemblables et celui même qui nous occupe, tout dépouillé des- détails qu'ajoute le Voyage, n'en est pas moins extraordinaire. Autant les variantes du Pseudch-Turpin s'expliqueraient peu, s'il avait utilisé le poème, autant on s'explique les additions faites par le poète, s'il a emprunté à la chronique latine l'idée du gab de Charlemagne. Tous les détails ajoutés^ toutes les circonstances qui renchérissent sur la donnée primitive s'accordent avec l'intention de l'auteur, qui, d'un trait épique assez banal, veut faire une vantardise véritable.
Il est donc certain, que, sur ce point, notre poème a suivi et imité le Pseudo-Turpin. Et il est non moins évident, que le hasard seul n'a pas déterminé l'attribution à Charlemagne du gab' que le Voyage lui prête. On peut discuter sur le choix de ce gab, penser que tel autre eût été mieux approprié à la personne de l'empereur. Il nous suffit d'avoir montré, que celui que le poème rapporte, se justifie par l'existence de traditions populaires et de croyances à la vigueur extraordinaire de .Charlemagne, et aussi par le fait, qu'un texte aussi répandu que le Pseudo-Turpin attribuait à l'empereur un trait de force physique à peu près identique. L'auteur du Voyage, qui connaissait la Chanson de Roland, connaissait aussi la chronique cléricale. Contentons-nous de retenir le fait, dont nous aurons à voir, si l'on n'en peut pas tirer une indication sur la personnalité de ce poète.
Pour trois autres des gabs, on peut, croyons-nous, prouver également, que leur attribution n'est pas non plus l'effet du hasard, qu'ils sont, au moins en un sens, conçus dans un étroit rapport avec le caractère épique, des héros auxquels on les prête, et qu'ainsi ils supposent de la part de l'auteur une certaine connaissance du passé poétique de ces personnages. Ce qui a fait méconnaître le caractère très personnel de ces gabs, c'est qu'à l'encontre des précédents ils ne sont pas simplement l'exagération poussée jusqu'à l'invraisemblance de traits empmntés à l'épopée. Entre les vantardises de Naime, de Turpin, d'Olivier, et le caractère traditionnel de ces personnages il n'y a
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pas un rapport direa. L*idée de chaque gab et son attribution proviennent d'une interprétation, surtout d'une transposition des traits, sous lesquels les chansons de geste les avaient fait connaître à l'auteur. Le rapport entre ces gabs et les héros auxquels ils sont attribués n'en est pas moins certain et si facile à rétablir, qu'on doit s'étonner qu'il ait pu passer inaperçu.
En particulier, il apparaît très net entre l'exploit dont se vante Naime ec la personnalité épique du héros. Dans nos chansons de geste et notamment dans le Roland, il est essentiellement « le vieux Naime » et le conseiller écouté de Charlemagne. Ce qui le caractérise, c'est à la fois sa vieillesse et sa sagesse, celle-ci n'étant, comme ses cheveux et sa barbe blanche, que le signe et la manifestation de celle-là *. Or, le Voyage en Orient nous le présente lui aussi comme « vielz » et c chenuz » '. Il l'est, lors de l'expédition à Jérusalem et à Constantinople, antérieure cependant à la guerre d'Espagne, et bien que Charlemagne lui-même soit encore jeune ou tout au moins dans la force de l'âge. On peut penser, que le poète a emprunté le personnage directement à la Chanson de Roland qu'il connaissait et qui en effet lui accordait un rôle important. C'est ce vieillard, qui, voulant « gaber » à son tour, se vante de revêtir le meilleur haubert du roi Hugon et ensuite, par le seul effort de ses muscles, de le rompre et de le « desmaillier » '.
L'exploit, assurément extraordinaire, est surtout rendu invraisemblable par le fait, qu'on l'attribue à un vieillard. Et cela même nous atteste l'exacte appropriation du gab à la personnalité de Naime, le vieillard en quelque sorte traditionnel des anciennes chansons. Que le poète, comme le croyait Koschwitz ♦, ait pensé qu'en raison de son âge, Naime devait avoir les nerfs durs Sou, ce qui est plus naturel encore, que malgré son âge il ait voulu leur