‹ Publications spécialesChapitre 180 sur 274 · I. Cf. supray pp. 288, sq · texte numérisé non relu

I. Cf. supray pp. 288, sq

Mais aucune de ces raisons n'explique le parti pris, avec lequel l'auteur du Voyage en Orient s'écarte de l'esprit et des mœurs, qui caractérisent nos chansons de geste. Les récits antérieurs du Voyage en Orient, ceux-mèmes qui le présentaient comme essentiellement pacifique, n'avaient exclu ni les scènes ni les motifs guerriers. Celui de la Karlamagnus-Saga, qui en faisait un pèlerinage, y mêlait l'épisode de la guerre contre le roi païen, et faisait des reliques la récompense offerte par l'empereur grec pour le service, qu'en cette occasion lui avait rendu Charlemagne. De plu,s, si l'Église interdisait aux pèlerins le port et l'usage des armes, la défense n'avait sans doute jamais été rigoureusement observée. Tout au plus, se bornait-on à limiter l'usage de ces armes -et à prescrire qu'elles ne devaient servir que contre les Infidèles. En fait, la plupart des grands pèlerinages du xi* siècle furent de véritables expéditions organisées et équipées pour combattre, s'il en était besoin'.

Il faudrait admettre, que notre auteur a voulu réagir contre ces habitudes, pour nous peindre un véritable pèlerinage, si, sur un autre point, il ne s'écartait entièrement des prescriptions de l'Église concernant l'organisation de cqs expéditions pieuses. Elles devaient être entreprises, en effet, dans un esprit d'humiliation et de pauvreté. Primitivement au moins, le pèlerin, muni seulement de son bâton et de sa besace, ne devait demander qu'à la charité et à l'aumône les moyens d'accomplir son long voyage. Mais, en cela aussi, les prescriptions ecclésiastiques avaient été vite méconnues et les grands pèlerinages, auxquels nous faision"^ allusion, disposaient, à n'en pas douter, de ressources considérables. De même, si les héros du Voyage en Orient sont vêtus en pèlerins et non en chevaliers, leur train est en tout digne du grand empereur qu'est Charlemagne. Leurs bâtons et leurs « escharpes » ne les empêchent pas d'emporter des quantités d'or et d'argent, dont une partie sera offerte au Saint Sépulcre (v. iro), mais dont le reste sera employé

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