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retrouvent leur physionomie habituelle, l'air de grandeur et les sentiments nobles, que l'épopée attribue toujours à Charlemagne et à ses pairs.

C'est même cet aspect de leur caractère, que l'on a surtout considéré pour comprendre le poème, comme l'a fait Gaston Paris. Qu'on le compare avec le récit du Siège de Neuville, qui, dans nôtre ancienne littérature, représente bien en effet l'esprit héroï-comique. Sans doute, la forme, que cet esprit a revêtue dans celui-ci, est l'inverse de celle, sous laquelle il se manifesterait dans le Voyage en Orient. Ce sont de simples bourgeois, qu'il nous montre voulant jouer le rôle de nobles chevaliers et s'efforçant de se hausser au rang de héros épiques. Mais la disconvenante, d'où naît le comique, est constante d'un bout à l'autre du récit. Et c'est cette unité d'inspiration, qui fait défaut dans le Voyage en Orient, Il est, lui, tantôt plaisant et tantôt grave. On le dénature, quand on néglige les parties comiques, pour ne retenir que l'élément sérieux, et inversement. Il faut reconnaître le fait, que ce sont les mêmes héros, qui ont tour à tour les deux aspects noble et ridicule, et cela ne correspond à aucune forme connue de l'esprit héroï-comique.

Enfin, si, en raison des parties sérieuses du poème, on était tenté de l'assimiler à certaines chansons de geste, où, de façon assez analogue, les personnages et les scènes comiques ont leur place, une différence essentielle suffirait à nous en montrer l'impossibilité. Parmi les chansons de la deuxième époque de notre épopée, il en est, en effet, quelques-unes, qui admettent un élément comique. Celles où figure le personnage de Rainoart peuvent nous servir de type. Mais, dans ces poèmes, ce ne sont pas les héros véritables de l'épopée nationale qui font rire* . C'est toujours sur des personnages secondaires ou sur de petites gens, que tombe le ridicule. Le plus souvent le comique, tout comme dans le Siège de Neuville, a pour principe, la disconvenance, qui existe entre la condition de ces personnages et leurs efforts pour imiter la vie des vrais chevaliers. Dans ces chan-

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