I. Cf. Nyrop, op. cit., pp
CouLET. — Voyage dé Charlemagne en Orient. 22
sons, les héros nationaux, les protagonistes de l'action épique ne sont jamais ni ridicules ni plaisants.
Or, dans le Voyage en Orient, c'est Charleraagne, c est Roland, c'est Olivier, c'est Guillaume d'Orange, qui nous sont présentés dans des situations, avec des attitudes et des sentiments, qui nous font rire et à leurs dépens. C'est en vain, qu'on s'efforce d'affirmer, « que
le poète n'a pas voulu faire rire aux dépens de Charlemagne ,
mais bien aux dépens du roi Hugon, c'est-à-dire de ceux qui prétendraient être plus puissants, plus magnifiques ou plus nobles que les Français » '. La déconvenue du roi Hugon en voyant les Français accomplir leurs gabSy son empressement à reconnaître la supériorité de «Charlemagne n'ont rien de ridicule ni même de comique. Il s'incline devant la manifestation de la volonté divine, qui favorise les Français, et il accepte sa défaite, parce qu'il reconnaît que Dieu est avec eux*. Quelque fâcheux que soit pour lui le dénouement, son attitude est assurément moins plaisante, que celle des Français en présence des terrifiantes merveilles du palais de Constantinople et des menaces du roi grec.
Il semble de même assez vain de prétendre nier les aspects comiques de ces Français, en affirmant, que l'impression produite par eux sur les auditeurs du moyen âge ne. nuisait pas à leur admiration pour Charlemagne et pour les héros favoris de leur épopée'. Ce n'est là qu'une affirmation arbitraire. Le récit du pèlerinage à Jérusalem et surtout le dénouement du poème, si glorieux pour les Français, pouvaient bien flatter l'amour-propre de ce public, mais il est indéniable, qu'aux parties plaisantes du Voyage il prenait un plaisir particulier et d'une autre nature. Les premiers lui procuraient une émotion analogue à celle, que faisait naître en lui la récitation des chansons épiques. Aux autres il riait franche-