Cf. Gaston Paris, Romania, IX, i
2. Cf. y. 796 : A feity drei:( tmperere, jo sai que Deus vos aimet.
3. « Ses personnages sont imposants, bien que leurs aventures soient risibles, et malgré la ridicule situation qui est faite à Charlemagne par sa faute, sa figure est conçue et dessinée avec grandeur. » Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 343. « Môme dans la partie comique, le poète n'a nullement l'intention de bafouer le grand empereur. » Gaston Paris, Rowania, IX, 15. Cf. de niême Koscbwitz, Ueber die Chanson, c\c.f pp. 42-43. •
ment. II s'amusait aussi certainement des mésaventures et des ridicules des Français, qu'il était ému de leur piété et enthousiasmé par leur triomphe. Que ce rire fût sans malice et sans arrièrepensée, qu'il n'y eût chez l'auteur qui le provoquait ni esprit de dénigrement, ni intention parodique, ni 'tendance satirique, c'est une question à débattre, mais son dessein de faire rire de Charlemagne et de ses compagnons est aussi net, aussi indéniable, que celui, qui se manifeste ailleurs, d'exalter leur piété et leur universelle supériorité. Les mêmes héros sont tantôt glorifiés et tantôt ridiculisés.
Et qu'on ne croie pas que ce sont là deux formes, deux manifestations du même esprit. Ce n'est pas le même sentiment, qui inspire au poète les scènes grandioses, qui égalent le Voyage aux chansons les plus héroïques, et les plaisanteries, dont ses héros sont le sujet. Si vraiment, comme on l'a cru, l'idée maîtresse du poème était une, s'il n'avait été écrit que pour exalter Tamour-propre national, on ne voit pas ce que cet orgueil pouvait trouver de flatteur dans le rôle parfois si ridicule et humilié, qui est, dans le poème, attribué aux Français. De toutes les façons de flatter la fierté nationale, celle-là serait assurément la moins directe et la plus contestable. En réalité, il s'agit si bien de deux tendances, de deux esprits distincts et opposés, que ceux même, qui étaient le plus portés à le contester, l'ont implicitement reconnu, quand ils ont voulu expliquer, par l'imitation de deux récits différents, les prétendues disparates du poème et le fait, que, dans le Voyage, « les accents de la plus noble poésie épique se mêlent aux éclats du rire le plus abandonné ' ». C'est là, avons-nous vu, une façon absolument fausse de se représenter la composition du poème ^ De même que le Voyage à ^Constantinople est le libre développement d'un des éléments de la légende cléricale, de même, et par suite, le caractère si particulier, donné par l'auteur à cette partie du poème, lui est, en quelque sorte, personnel. Ainsi la disparate, signalée entre l'inspi-
1. Cf. Gaston Paris, Poésie du moyen dge, p. 143 et Komaniay IX, 15.