I. Cf. supra, p
donné par M. Nyrop de sa façon de comprendre le Voyage m Orient ^ et méritent un examen particulier. Ce qui reste acquis, c'est que l'élément comique a, dans l'économie du poème, une part et un rôle, qu'on ne peut nier, quelque désir qu'on ait de le rattacher au genre sérieux de la chanson épique. D'autre part, ce qui est établi, c'est que tous les efforts pour assimiler ce poème à tel ou tel genre littéraire admettant le comique sont illégitimes et vains. Le Voyage en Orient^ n'est pas une épopée analogue à celles, où figure le personnage de Rainoart; il n'est pas davantage un fabliau ni un poème héroï-comique.
Est-il enfin la satire ou la parodie de l'épopée, que certains ont cru reconnaître en lui? Nous avons vu, qu'on l'avait nié, mais en s'appuyant surtout sur la prétendue ancienneté du poème. La valeur de l'objection est donc sensiblement diminuée par le fait, que nous le considérons maintenant comme relativement récent. Et au surplus, à quelque siècle qu'il appartînt, il était toujours loisible de le considérer comme étant en avance sur son temps, et de se le représenter comme la première tentative de l'esprit bourgeois contre l'épopée chevaleresque.
Un seul critique s'est préoccupé de démontrer que le Voyage n'était pas une parodie de l'épopée, et cela, en étudiant la nature du comique, qui, dans le poème, atteint Charlemagne et ses compagnons. Pour M. Morf, en effet, ce qui doit nous empêcher de découvrir dans la scène des gabsy une intention parodique, c'est d'abord que tous ces gahs, à l'exception de celui de Roland, y sont distribués sans choix, et qu'ils ne comportent aucune application individuelle. C'est ensuite, que tous ces gabs, ou du moins ceux des principaux personnages, doivent être pris « au sérieux ». Ils ne comporteraient aucun caractère de « scurrilité » et ne tendraient pas à rabaisser ou à rendre ridicules les héros, auxquels le hasard les a attribués.
L'étude, que nous avons faite de ces gabs^ nous permet d'apprécier la valeur de ces deux arguments. Non seulement il n'est pas vrai.
que les gabs aient été répartis au hasard, sans égard pour le caractère traditionnel des personnages, mais il est certain, que pour tous ceux d'entre eux, que le poète connaissait autrement que de nom, il y a un effort très net pour imaginer un gab en rapport avec ce caractère. Dans les gabs des principaux héros on - retrouve leur personnalité traditionnelle, exagérée, interprétée, transposée, mais toujours facilement reconnaissable. C'est seulement des personnages secondaires comme Bérenger et Gérin, ou de ceux^ que le poète connaissait uniquement de nom, comme Ogier, comme Guillaume d'Orange et les autres Narbonnais, que l'on peut dire, que le hasard a déterminé l'attribution de leurs gabs. Mais il suffit, que les gabs de Charlemagne, de Roland, d'Olivier, de Turpin et de Naime soient ce qu'ils sont, pour qu'on puisse les considérer comme une parodie de leur caractère, et qu'on suppose une intention analogue, quoique moins directe, dans la façon, dont nous ^ont représentés les autres personnages.
Il est vrai, qu'on se refuse à admettre, que la dignité de ces héros puisse être atteinte par les vanteries, qui leur sont attribuées. Il n'y a, dit M. Morf, dans tous ces ^a^^j aucune intention de « scurrilité »; même quand ils plaisantent, Charles et ses compagnons restent des héros épiques ^ Et c'est à son opinion, que se range M. Nyrop, quand il déclare, que dans notre poème tout est véritablement « pris au sérieux* ».
Une telle affirmation est tout d'abord si surprenante, qu'on ne sait comment on doit l'entendre. Il faut évidemment appliquer à tous \gs gabs l'interprétation, que donne M. Morf de celui de Charlemagne pour nous prouver qu'il est « sérieux » et n'a rien de a scurrile » ^ Pour lui, quand l'empereur se vante de faire d'un seul coup d'épée la prouesse que l'on sait, il n'est nullement ridicule. Ce n'est pas une plaisanterie mais un trait épique, et c'est ainsi que devait l'entendre le public, auquel le Voyage était destiné. Personne ne prenait sa gageure pour une vaine forfanterie ; on ne doutait