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I. Cf. Romaniay XIII, p

avoir établi, que la vanterie de Turpin, malgré son étrangeté ou en raison même de cette étrangeté, répondait aussi directement que possible au caractère traditionnel du personnage. Ce gàb étant ce qu'il est, la seule difficulté serait de nous montrer qu'il est un gab « sérieux ».

Les efforts de M. Morf pour atténuer la bizarrerie et la bouffonnerie de celui d'Olivier n'ont pas été plus heureux. D'après lui, le hasard seul en aurait déterminé l'attribution ; il serait sans rappons avec la personnalité du héros et, par suite, ne saurait traduire une intention parodique. En fait, nous l'avons montré, ce gab est un de ceux, pour lesquels il est le plus aisé de faire ressortir leur caractère individuel. Mais de plus, la nature elle-même du gab est telle, que son attribution importe assez peu. Quel que soit le personnage, à qui Kon eh fasse honneur, il devient, par le fait même, ridicule et bouffon. L'idée seule d'imaginer une telle gageure est en soi comique et plaisante. Comment, dès lors, concevoir même la possibilité de le nier ?

Il faut donc renoncer à considérer comme « sérieux » la plupart de ces gabs. Ce sont des inventions amusantes en elles-mêmes et qui, pour certains au moins, le deviennent plus encore par le fait de leur attributions à tel ou tel héros. Restent, il est vrai, les deux gabs de Charlemagne et de Roland. Ce sont ceux des deux principaux personnages, et M. Morf croit pouvoir affirmer, « qu'il n'y a rien en eux qui soit de la farce ». Il se croit autorisé par là à négliger le caractère des autres et à nier, qu'il y ait dans toute la scène la moindre intention parodique.

Mais est-il vrai qu'ils soient des gabs « sérieux » ? Le mot n'est, semble-t-il, guère plus admissible que la chose. Ce qu'il importerait avant tout de savoir, c'est si ces gabs sont vraiment des gabs, c'est-àdire des plaisanteries, auquel cas on a bien tort de les dénaturer en cherchant à leur donner un sens sérieux. Or, le doute ne paraît pas permis. Charlemagne et ses compagnons « plaisantent » après boire, et M. Morf lui-même le reconnaît ^ Il y voit même la preuve

I. « L'empereur qui est cligne d'occuper le siège du Christ dans le temple de Jérusalem se livre à des plaisanteries avant de s'endormir. » Romatiia, XIII, 205.

La tendance morale 347

de la transformation subie par le héros de la légende carolingienne à travers l'imagination des générations postérieures * . Charlemagne est devenu « un prince plus affable et moins surhumain, un roi de plus de bonhomie et d'un caractère plus bourgeois ». Il reste cependant le héros noble, pieux et presque auguste de l'ancienne légende, et c'est pourquoi, dans le poème, il est à la fois le héros du Pèlerinage et celui de la scène des gabs, « L'unité du caractère, dit encore M. Morf, est parfaite pour le poète et son auditoire. » 11 n'y a pas de disparate entre les deux aspects, sous lesquels l'empereur nous est représenté, et ses plaisanteries après boire semblaient au public qui les écoutait la chose du monde la plus naturelle. Pourquoi donc contester, qu'en plaisantant comme il le fait, Charlemagne voulût rire, et que le poète,, en nous le montrant tel, voulût aussi nous faire rire ?

Comment Charlemagne et Roland pourraient-ils « plaisanter », en quoi consisteraient leurs « plaisanteries », si hursgabs n'étaient que des traits épiques, si le public croyait à leur réalité, s'ils n'excitaient en lui aucune envie de rire, mais seulement de l'admiration ? Est-il, au surplus, légitime de comparer ces gabs à des traits épiques ? Il en est certes d'invraisemblables. Mais ils ne sont dans l'épopée populaire que le grossissement, en quelque sorte, naturel et inconscient de la réalité. Ils sont une forme de l'esprit épique, et supposent une naïveté, une crédulité égales chez le poète et chez ses auditeurs. Les deux gabs de Charlemagne et de Roland sont à ce point de vue absolument différents. Nous en avons déjà donné la preuve en ce qui concerne le premier. L'idée en a été suggérée à l'auteur du Voyage en Orient par un passage du Pseudo-Turpin^ où était rapporté un trait assez analogue de la vigueur de Charle-' magne. Mais le gab est l'exagération de ce trait. Ce n'est plus le grossissement inconscient et naturel d'un fait, c'est l'exagération voulue d'un trait légendaire. Les auditeurs du Voyage en Orient ^ qui étaient certainement moins naïfs, et qui avaient à coup sûr moins l'esprit épique, que ceux pour lesquels fut imaginé l'anecdote recueillie par le Pseiido-Turpiny ne pouvaient donc accepter pour une réalité

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