‹ Publications spécialesChapitre 197 sur 274 · I. Cf. Romania^ ibid · texte numérisé non relu

I. Cf. Romania^ ibid

ce gaby qui n'est qu'une exagération poussée jusqu'à l'absurde. Il ' reste donc, que l'auteur l'ait conçu tel quel pour faire ressortir non la supériorité de Charlemagne, mais son extraordinaire forfanterie. Il a voulu, en la circonstance, nous le rendre ridicule et non pas nous le présenter comme le héros incomparable.

On a de même tort de ne faire aucune différence entre le gab de Roland et le prodige, qui s'accomplit lors de la prise de Jéricho, les murs dé la ville s'étant écroulés au souffle des trompettes des Israélites. Le fait, que rapporte l'histoire biblique, n'est pas, en effet, un événement humain. C'est un véritable miracle. On n'a dès lors pas à se demander, s'il est ou non vraisemblable. Son caractère divin l'impose comme une réalité. Au contraire, Roland, en « gabant », prétend qu'à lui seul, et par la seule force de son souffle, il arrachera les portes de la ville et les fera sortir de leurs gonds. Dans les mêmes conditions, malgré la vigueur du roi Hugon, il se vante de le faire tourner à son gré, de lui enlever son manteau, ses fourrures,tde lui brûler même ses moustaches. L'intervention divine et le miracle, qui rendront possible, l'exécution de certains de ces gabs, ne se produiront que plus tard. Au moment où les Français . plaisantent de la sorte, ils ignorent, et l'auditoire avec eux, s'ils pourront se produire. Ce qui est vrai du gab de Charlemagne l'est donc aussi de celui de Roland. Il y a la même différence entre lui et les traits épiques, qui lui ont donné naissance. Pour nous représenter la vigueur du héros, la Chanson de Roland nous montrait le son de Volifant traversant les montagnes pour arriver aux oreilles de Charlemagne'. Ailleurs, l'effort que fait Roland pour sonner du cor a pour effet de faire éclater sa tête et de rompre ses tempes ^. C'est le grossissement naturel de la réalité par l'imagination populaire. Au contraire, le gab de Roland est l'exagération voulue et démesurée de cts traits poétiques. Ni l'auteur ni son public ne croient réelle la force que s'attribue Roland, ni son exploit réalisable. Ils le peuvent d'autant moins-, qu'ils savent ce que sont des gabs.

Page 1