I . Charles vit le palais et la richece grant
La soe manantise ne priset mie un guant ;
De sa moillier li membret que menaciet out tant.
« Seignor, dist Charlemaignes, molt gent palais at ci
Tel nen out Alixandre ne li^vielz Costantins,
Ne n'out Creissenz de Rome qui tante honor bastit ». (v. 361-367).
Qu'on ne sarrête donc point aux raisonnements subtils, par lesquels on s'efforce d'enlever à la scène des gabs son véritable caractère, et en réalité, de la dénaturer. Jusqu'au moment," où un ange vient apporter aux Français la promesse de la protection divine, l'inspiration en est franchement comique. L'énumération des gabs est plaisante en elle-même par l'étrangeté des imaginations et la bouffonnerie des détails. L effet en est accru par le fait, qu'autant qu'il l'a pu, l'auteur a cherché à approprier chaque gab au caractère des personnages. Il atteint enfin toute son intensité, quand, par suite de la méprise et de la colère du roi Hugon, ces Français, qui n'ont voulu que plaisanter, sont mis en demeure d'exécuter leurs folles gageures. Autant il est ind'éniable, que, dans certaines scènes du poème, l'intention de l'auteur est de nous faire admirer ses héros, autant il est certain que, dans d'autres, il a voulu faire rire et à leurs dépens.
C'est une autre question que celle de savoir ce qui se cache derrière ce rire, ou môme si quelque chose s'y cache, une intention, une tendance, qui utiliserait le ridicule, versé ainsi sur ces héros, au profit d'une idée quelconque, sociale, littéraire ou morale. Il n'est plus possible, en effet, de soutenir, que ce double caractère qu'ont les mêmes personnages dans le Voyage en Orient, tantôt noble et tantôt plaisant, tient uniquement à une transformation de l'ancien esprit épique. C'est ainsi, que M. Morf, après Gaston Paris, se représentaît les choses \ L'imagination populaire, d'après lui, s'était habituée à considérer les héros de l'ancienne épopée sous des dehors plus humains et, si l'on veut, plus bourgeois. Ils sont toujours les guerriers vaillants et pieux, dont les prouesses excitent l'admiration, mais leur dignité admet quelque tempérament. Ils ne sont pas dépourvus d'une certaine bonhomie; ils se rapprochent de l'humanité commune, plaisantent à l'occasion et sont susceptibles de