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I . « Si'st tel costume en France, à Paris et à Chartres

Quant Franceis sont colchiet, que se joent et gabent, Et si client arabore et saveir et folage ». v. 654-656.

personnages? Cestquen effet telle est bien sa pensée. La péripétie dramatique qu'il imagine, la colère et les menaces du roi grec ne sont pour lui qu'un moyen de nous montrer que lui-même condamne leurs folles vantardises et l'habitude morale, dont elles procèdent. S'il s'agissait uniquement de nous amuser de la méprise de « l'espie » et du roi, il eût tout d'abord été assez inutile de nous peindre les Français comme il avait fait précédemment. Pendant toute la première partie de la scène, c'est bien d'eux, et d'eux seuls, que l'on rit. Il n'hésite pas à nous montrer ridicules par le seul effet de leurs gabs ces héros, par ailleurs si dignes d'admiration. Les uns exagèrent jusqu'à l'absurde les traits sous lesquels nous les connaissons. Les autres deviennent au contraire, tout différents de ce qu'ils étaient. Tous sont également plaisants et grotesques et cette transformation imposée par le poète aux Français est la première punition infligée à leur folie. Elle nous prouve, qu'il blâme une coutume et un passe-temps, dont le plus sûr effet est de dénaturer ainsi les plus grands et les meilleurs.

Mais sa désapprobation se marque surtout au fait, qu'il estime qu'une telle pratique est une faute et doit être expiée. Voyez, en effet, quelle attitude il prête aux Français, dès que les menaces de Hugon leur rendent le souvenir et la conscience de leurs plaisanteries de la veille. Leur premier mouvement est, sans doute, d'apaiser la colère du roi grec et de plaider, en quelque sorte, les circonstances atténuantes. Ils n'ont voulu, disent-ils, offenser personne. Ils ont simplement « gabé », pour rire un peu, après boire, comme c'est la coutume au beau pays de France entre nobles chevaliers (v. 651. sq). Mais restés seuls, en présence de la mise en demeure de leur hôte, ils ne cherchent ni prétexte, ni excuse à leurs folies. Ils avouent franchement qu'ils ont eu tort, tort de trop boire et tort de parler de façon inconsidérée (v. 664. sq.). Ils ont dit ce qu'ils n'auraient pas dû dire et à l'aveu de leur faute se joint très ingénument l'expression de leurs regrets et de leurs remords. En présence des reliques, que Charlemagne fait apporter, ils confessent leur faute, battent leurs « colpes » et font véritablement un acte de contrition. Et en même temps, comme ils ont conscience de leur indignité et

de leur impuissance, comme ils ont espoir dans l'aveu et le repentir de leur faute pour obtenir leur pardon, ils implorent la miséricorde divine.

Et prient Deu del ciel et la soe vertut

Del rei Hugon le Fort qu'il les guarisset hui

Qui encontre lor est si forment irascuz. (v. 668-671).

Ainsi, aux yeux du poète, les plaisanteries des Français sont non seulement une faute, mais un véritable péché, dont, à un moment donné, ils ont le repentir, et dont ils supplient Dieu de leur épargner l'expiation.

C'est bien ce que confirment encore l'intervention de l'ange et la façon très particulière dont elle se produit. Ce n'est pas, en effet, à un moment quelconque, qu'il vient rassurer et réconforter les Français. Si vraiment ceux-ci étaient toujours couverts par la protection divine, si le poète avait, comme on l'a cru, voulu simplement montrer que Dieu protège toujours les Français, dès que ceux-ci sont en danger par le fait des menaces de Hugon, l'ange n'avait qu'à venir leur apporter l'assurance de cette protection. Au lieu de cela, pendant tout un temps, les Français sont en proie aux remords et à la crainte. Mais, comme ils sont sincèrement pieux et qu'ils regrettent leur faute, ik implorent la miséricorde divine et aussitôt, en effet, un ange vient leur annoncer que leurs prières ont été entendues. L'intervention de l'ange ne se produit qu'après le repentir des Français et a vraiment le caractère d'une absolution.

Personne assurément ne s'y trompait. Le sens de cette démarche était si claire, que l'ange n'a pas besoin de dire, que Dieu a été touché des remords des Français; ni que c'est à cette considération qu'il leur pardonne. Mais le poète lient à faire sentir à son auditoire, que la protection promise par Dieu est bien le pardon d'une faute sincèrement reconnue et regrettée. Dans le très bref discours, qu'il met dans la bouche de l'ange*, les deux idées, sur lesquelles il insiste, c'est d'abord, que les Français ont eu grand tort de « gaber » comme ils ont fait et ensuite qu'ils ne doivent pas recommencer et que Dieu

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