I. <f Desgas qu*erseir désistes grande folie fut
Ne gabez jamais home, çot comandat Cristus ». (v. 675-676).
lui-même le leur défend. A cette condition ils peuvent affronter l'épreuve que leur impose Hugon. L'aide divine ne leur fera pas défaut.
Dieu, en effet, ira jusqu'à faire des miracles pour sauver ces pécheurs au repentir sincère, à la piété fervente et qui promettent de ne plus retomber dans leur faute. La chose était nécessaire, si l'on voulait que les Français accomplissent leurs folles gageures. En tout cas, c'est par l'effet de la volonté divine que l'impossible s'accomplit. Dieu met sa toute-puissance au service des Français. S'il n'est pas dit expressément, de quelle façon elle se manifeste dans le gab d'Olivier, du moins l'on entend bien, que c'est Dieu qui permet la double erreur, grâce à laquelle la fille du roi et Hugon lui-même croient qu'il est accompli. Mais, quand vient le tour de Guillaume d'Orange, et que, de sa « pelote » il abat les quarante toises de mur, qu'il s'était vanté de renverser, le poète n'oublie point d'ajouter que c'est. Dieu qui réellement a tout fait.
Ne fut mie par force mais par la Deu vertut
Por amor Charlemaigne quis i out aconduiz (v. 751-752).
Pour le gab de Bernard, la chose est plus évidente encore. Le héros lui-même sait que sa force n'est rien et qu'il ne peut rien par lui-même ; quand il va essayer de tenir sa gageure, il sent que plus que jamais il a besoin de l'aide divine : (* Priez Dieu, dit-il à Charlemagne, pour qu'il vienne à mon secours. » Et, en effet, Charlemagne et ses compagnons se mettent en prières.
Desor un pui antif est Charles al vis fier,
Il et li doze per, li baron chevalier ;
Et prient Damnedeu que il d'els ait pitiet. (v. 780-782).
C'est si peu Bernard qui agit, qu'il ne fait rien, à proprement parler, pour provoquer l'inondation. Il se borne à faire sur les eaux le signe de la croix et à attendre l'effet de la toute-puissance divine. Et, sans qu'il ait rien fait d'autre, l'inondation, en effet, se produit, qui envahit tout, qui force Hugon et les siens à s'enfuir, car,
Deus i fist grant miracles, li glorios del ciel. (v. 774).
Le prodige est si clair, que le roi grec s'avoue vaincu et s'incline devant la volonté divine. Pour le premier des trois gabs^ en entendant sa fille déclarer qu'Olivier a tenu sa gageure, il croit n'avoir affaire qu'à un magicien habile, à un « enchanteor » \ C'est encore, d'après lui, par un « enchantement », que Guillaume a renversé les murs de son palais. Ses compagnons et lui doivent connaître des secrets inconnus des autres hommes, et grâce auxquels ils leur en imposent *. En face d'eux, il ne se reconnaît pas vaincu et ne désarme pas. Qu'un seul vienne à ne pas tenir sa promesse et tous seront mis à mort '. Mais, quand il voit s'accomplir le gab de Bernard, alors il avoue que la lutte est impossible. Sans doute, il cède devant l'embarras de sa situation : réfugié sur la plus haute tour de la ville (v. 779), il est sur le point de périr dans l'inondation. Mais il s'incline surtout devant le miracle, devant la toute-puissance divine, qui se manifeste si clairement en faveur des Français. Il l'avoue expressément, quand il dit à Charlemaçne :
A feit, dreiz emperere, jo sai que Deus vos aimet. (v. 796).
Et, sans doute, par là, le poète fait bien allusion à l'amour, qu'a toujours Dieu pour les Français et pour la France, la fille aînée de l'Église, mais il pense surtout à la preuve spéciale, qu'il vient de leur en donner, en leur pardonnant et en opérant pour eux des miracles.
Ainsi, tout dans cette scène des gabs concourt à mettre en évidence ce fait, qu'une faute, qu'un péché des Français détruisent ce qu'il y a de noble ou de grandiose dans leur caractère et les mettent dans les plus grands dangers, mais que leur repentir, appuyé sur leur piété véritable, leur vaut la miséricorde divine. En outre, par le retour qu'ils font sur eux-mêmes, ils reprennent leur véritable phy-
1 . « Li premiers est guariz ; enchantere est, ço crei » (v. 733).