Cil sont enchanteor qui sont entret çaenz
Voelent tenir ma terre et toz mes chasemenz ». (v. 756-757).
3 . « Mais si uns sols en fait, par Deu omnipotent Demain les ferai pendre en som cel pui al vent
A unes forz estaches, n'avrat raemement ». v. 759-761.
sionomie et redeviennent tels que Timagination populaire aimait à se les figurer. Dès qu'ils ont mérité leur pardon, ils sont à nouveau ce qu'ils étaient par nature, nobles, hardis, spirituels et supérieurs en tout à leurs adversaires. Il y a même quelque excès dans ce revirement, et le poète marque peut-être trop de partialité en leur faveur. Le pauvre roi Hugon, qui pourtant n'en peut mais, devient tout d'un coup la victime des Français et c'est de lui que désormais Ton va rire. On lui reproche d'avoir, à dessein, enivré ses convives et ensuite de les avoir fait espionner (v. 685 sq.). Les gabs, dont il impose l'exécution aux Français, tournent à son dommage et à sa confusion. Le poème se termine par l'aveu, qu'il fait luimême, de sa défaite. Il reconnaît la supériorité des Français et consent à n'être plus que le vassal de Charlemagne. C'est qu'en réalité les sympathies de l'auteur sont acquises i Charles et à ses compagnons. C'est à contre-cœur, qu'il nous les montrait ridicules et grotesques par l'effet d'une erreur et d'une faute passagères. Dès que ceux-ci reprennent conscience de ce qu'ils doivent être, ils se réconcilient non seulement avec Dieu, mais avec le poète, que rien désormais ne gêne plus dans l'expression et l'exaltation de son amour-propre national. Le voyage à Constantinople s'achève pour les Français de façon aussi glorieuse que le pèlerinage à Jérusalem.
Mais entre les deux se place cette scène des gabs, dont nous voyons maintenant le vrai sens. On en méconnaissait le caractère, quand on prétendait l'opposer aux parties sérieuses et nobles du poème et qu'on voulait y trouver la trace d'une inspiration différente. En réalité, entre les diverses parties du Voyage en Orient, il y a un lien plus étroit, une unité plus intime, que ne le supposaient ceux même qui s'efforçaient d'en atténuer les prétendues disparates. L'idée, à laquelle on voulait ramener le poème, est impuissante à en faire l'unité ^ Le poème n'a pas été écrit pour vanter la supériorité des Français ni pour exalter l'amour-propre national. Pour l'entendre ainsi, il faut faire abstraction de toutes les scènes, où les Français sont présentés sous des aspects comiques et ridicules. Sans