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I. Cf. SîiprUy p

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doute, cette idée d'amour-propre et d'orgueil national a une part certaine dans l'inspiration du poème, mais elle est elle-même subordonnée à une autre idée, qui, elle, en domine toutes les parties et lui donne sa vraie signification. Oui, les Français sont en tout supérieurs à leurs adversaires, mais à la condition qu'ils ne s'oublient eux-mêmes, qu'ils soient ce qu'ils doivent être et ne perdent pas la conscience de leurs devoirs.

Le Voyage à Constantinople, qui est le vrai sujet du poème, et surtout la scène des gabs nous montrent une éclipse toute momentanée de cette supériorité, et qu'elle est causée par une faute. Antérieurement, ils sont les héros nobles, magnanimes et pieux du Pèlerinage à Jérusalem, et ils seront de nouveau tels à la fin du poème, quand, ayant détesté leur faute, ils auront promis de n'y plus retomber. Le Pèlerinage à Jérusalem comme la fin du Voyage à Constantinople, c'est-à-dire les parties nobles et sérieuses du poème concourent donc, elles aussi, à mettre en évidence ce que prétend démontrer la scène des gabs. Elles confirment et complètent l'enseignement contenu dans cette scène en apparence purement comique et bouffonne. Elles font ressortir l'importance de la leçon donnée par le poète.

C'est donc une idée morale, qui fait l'unité du Voyagecn Orient^ qui concilie et qui explique les prétendues disparates, qu'on y croyait relever. L'élément sérieux et l'élément comique y servent de moyens à une môme démonstration. On voit maintenant, combien on avait tort de se représenter les différences de ton et de caractère constatées dans le poème, comme provenant de la fusion de deux récits hétérogènes. Rien n'est plus étranger à notre auteur que les préoccupations et la manière d'un diascéyaste. Il a, tout au contraire, travaillé sur une matière vraiment une, que lui livrait la légende clé- ' ricale du Voyage en Orient. Mais, en la traitant à son tour, il l'a, en quelque sorte, fait sortir des cloîtres et s'est le premier efforcé de la mettre à la portée d'un auditoire populaire. Les modifications introduites par lui, ont surtout ce but. Il les destine aussi à rendre plus sensible la leçon morale, qu'il veut que 'l'on emporte de la lecture de son poème. Si, à l'encontre de la Descriptio et des autres

textes cléricaux, il admet, qu'au lieu de refuser la terre du roi grec^ Cliarlemagne accepte la « fiance » de Constantinople, c'est sans doute pour se ranger à l'autorité de Roland, mais c'est aussi, que la variante met plus en relief encore l'efficacité de l'intervention divine, rendue possible par le repentir des Français. La soumission du roi Hugon et cette conquête de Constantinople « senz bataille champel » sont, comme le don des reliques, la récompense de leur piété.

Ce qui montre encore la subordination de tout le poème à ce dessein moral, c'est le souci, qu'a le poète de l'indiquer, dès le début, dans cette scène amusante, qui', en réalité, annonce la scène des gabs et contient en germé l'idée de tout le récit. En nous montrant un Charlemagne, tel qu'on n'a pas coutume de se le représenter, il nous avertit, que ce poème n'a rien de commun avec les chansons, où celui-ci apparaît toujours noble et héroïque. Il nous donne ainsi le ton, sur lequel va se poursuivre son récit et nous prépare aux vantardises du Voyage à Constantinople. Entre l'attitude de Charlemagne dans cette première scène et celle que la scène des gabs attribue aux Français, il y a un rapport étroit que nous chercherons à déterminer. Mais la façon, dont le poète annonce comme son vrai sujet le Voyage à Constantinople, nous laisse pressentir les aventures qui y attendent Charlemagne.

Que penser en effet d'un empereur, qui part pour l'Orient dans le seul dessein de vérifier, si un autre roi porte vraiment mieux que lui l'épée et la couronne ? Une telle légèreté, une telle folie doivent trouver leur châtiment, et un voyage, entrepris de la sorte, doit réserver à ses héros plus d'une aventure. On s'attend à voir une épreuve quelconque surgir sur la route de Charlemagne et quand, en effet, elle se produit, provoquée encore par d'autres folies des Français, l'auditoire y est dès longtemps tout préparé.

Enfin la scène des gabs n'apparaît plus comme une suite telle quelle, 'imaginée par l'auteur et ajoutée au récit du Pèlerinage. Elle n'est pas non plus l'épisode comique, la « farce » insérée dans un récit sérieux, pour plaire à un auditoire plus mêlé et moins délicat que le public ordinaire des chansons de geste. Elle est la partie essentielle du poème, celle qui en renferme le sens et en vue de

laquelle tout le reste est combiné. Si le Pèlerinage vient en apparence se greffer mal à propos sur le récit, annoncé dès le début, du Voyage à Constantinople, la faute en est à la gaucherie du poète, qui n'a pas su se rendre complètement maître de la tradition qu'il utilisait. Il lui suffit que le Pèlerinage concoure au même dessein que le reste du poème, en nous montrant ce que sont les Français, quand ils restent ce qu'ils doivent être, et qu'en même temps il lui permette de rappeler l'histoire des reliques, dont la fête l'a amené à écrire son récit.

Il y a bien aussi quelque maladresse à nous montrer, presque sans raison, les Français badauds et poltrons en présence des splendeurs et des « enchantements » du palais de Constantinople. En mettant les pieds sur la terre du roi Hugon, ils cessent d'être ce qu'ils étaient durant tout le séjour à Jérusalem. Ils sont déjà les héros comiques et bouffons, qu'ils ne devraient être, semble-t-il, qu'au moment des gabs. Mais, en réalité, l'arrivée à Constantinople est la suite naturelle de la scène du début. C'est le développement et l'exécution du voyage si follement entrepris. Avec la stupéfaction et la terreur des Français, ce sont les aventures attendues, qui commencent et dont la scène des gabs ne sera que la plus typique et la plus dramatique.

Au surplus, quelques gaucheries que l'on puisse encore relever dans la composition du Voyage en Orient^ elles ne peuvent l'emporter sur l'impression très forte, que l'on garde de son originalité. Il est le premier récit, écrit pour le peuple, sur la légende cléricale du- Voyage de Charlemagne. Il est surtout, sous une forme populaire et profane, l'adaptation de cette légende à un dessein d'édification et à une pensée morale qui en fait l'unité.

Précisons maintenant la leçon morale, que le poète a voulu proposer à son public, et cherchons par là à en mesurer la portée. De tout temps, et par son origine, la légende du Voyage en Orient

avait paru destinée à servir à l'expression d'une idée morale. C'est un caractère, qu'elle a conservé sous les diverses formes, qu'elle a successivement revêtues. L'intention pieuse et dévote était sensible dans la Chronique de Benoît de Saint-André ; elle n'avait fait que se préciser dans le récit de la Karlamagnus Saga et dans la Descriptio. Elle avait contribué à fixer un trait du caractère de Charlemagne, sur l'origine duquel on s'est plus tard complètement mépris. Dans ces trois récits, le vieil empereur, uniquement attaché à la * possession des reliques, refusait les trésors et l'hommage que lui offrait le roi grec. Il n'allait pas en Orient pour conquérir richesses et royaumes, mais dans un dessein de piété, pour vénérer ou pour défendre le Saint Sépulcre ; pour prix de ses peines ou des services rendus, il ne réclamait comme bien suprême que le don de quelques reliques. Quelle leçon pour les lecteurs de ces pieuses légendes, et quel exemple pouvait mieux leur prêcher le détachement des biens de ce monde ?

De cet enseignement quelque chose a passé dans le Voyage en Orient, L'épisode si curieux de la charrue du roi Hugon n'a d'autre raison d'être, que de montrer combien c'est déchoir que de s'attacher de façon trop ardente et grossièrie aux richesses matérielles \ Par là aussi, s'explique le refus par Charlemagne des trésors du roi Hugon. A celui-ci, qui lui offre sa terre et ses trésors (v. 798 sq. et 839-840), il répond en n'acceptant que a l'hommage » et en repoussant les trésors. Il s'écarte donc en partie de la tradition cléricale, et c'est pour se conformer à la légende populaire, qui, en effet, attribuait à Charlemagne la « fiance » de Constantinople *. Mais, pour le reste, il respecte sa donnée et ce qui nous le prouve, c'est que la raison, qu'il donne de son refus des trésors, ne saurait être la bonne. « Mes hommes n'ont que faire de vos richesses, dit-il au roi Hugon. Ils en ont déjà tant par mon fait, qu'ils ne peuvent les porter ^ » Charlemagne parle, comme il convient au suzerain du roi grec, mais, dans son

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