‹ Publications spécialesChapitre 212 sur 274 · Cf. vers · texte numérisé non relu

Cf. vers

La tendance morale 371

le même dessein de toucher et d'édifier un public d'esprit, de sentiments et de nature assez analogues. Mais ni le caractère pieux et dévot de l'histoire des reliques racontée par le Pèlerinage, ni l'émotion édifiante produite par le « miracle » ne constituent tout l'enseignement moral du poème. Une leçon plus précise s'en dégage, qui est un précepte pratique d'usage général, mais qui surtout est la condamnation d'un esprit et de mœurs propres à une certaine société. C'est là surtout, ce qui fait l'originalité de notre poème et qui nous permettra d'en reconnaître plus précisément le vrai caractère.

Il importe, en eflTet, de revenir à la scène des gabs et de voir, en quoi, aux yeux du poète, ces folles gageures sont une faute. La colère du roi Hugon manifeste surtout, avons-nous vu, le blâme du poète'. C'est lui, qui condamne les gabs et qui les condamne tous, sans distinction. Les Français sont tous, à ses yeux, également coupables et un même châtiment doit les punir. En quoi donc leurs gabs sontils tous répréhensibles, et en quoi leur nature commune est-elle blâmable ?

Ce n'est en effet ni par les moyens qu'elles supposent, ni par leurs effets possibles, que ces vanteries se ressemblent, mais par leur nature intime et la disposition morale qu'elles manifestent. Toutes, elles tendent à attribuer à leurs auteurs une supériorité extraordinaire, à leur constituer une personnalité éminente. En outre, c'est celui qui « gabe », qui se fait valoir et s'arroge cette supériorité réelle ou supposée. Tous ces gabs procèdent donc d'une pensée de vanité et d'orgueil, d'un désir exagéré d'exalter sa personnalité et de «valoir» audessus de tout le monde. C'est en cela qu'ils sont mauvais, et c'est pour cela, que le poète les condamne. «Ne gabez jamais home, » dit l'ange à Charlemagne. Et il veut lui rappeler par là, que le gab est une offense pour celui à qui l'on s'adresse et aussi pour tous les autres hommes. En se vantant de pouvoir faire l'impossible, on manque de charité en prétendant imposer à leur crédulité et surtout on s'attribue sur eux une supériorité qu'on n'a pas.

Le gab enfin est funeste à son auteur lui-même. Soit qu'il l'incite

Page 1