I. Cf. supra, p
YJ2 C»APITK£ IV
â exagérer jusqaâ l'invraisemblance des qualités réelles, soit que, pour mieux se distinguer, il le détermine â s'attribuer un caractère opposé au sien ', de toute façon il lui fait perdre la conscience de soi* même, il altère et dénature en lui le sentiment de ce quli est et de ce qu'il doit être, U y a un danger réel â « gaber >, et c'est cette vérité, que le poète a voulu mettre en aaion, en montrant les Français devenus ridicules et menacés de perdre la vie par le seul effet de leuis^ofa. Il ne £iint donc pas se vanter, prétendre s'élever ni l'emporter par une supériorité quelconque, même quand on est après boire, et qu'entre compagnons il s'agit de se divertir un peu.
La scène des gabs nous apparaît donc comme le dé\'eloppement et l'illustration de l'idée déjà indiquée dans la première scène du poème. Charlemagne s'y montrait ridicule par la sone vanité qu'il y déployait et par sa prétention d'être non seulement le plus puissant, mais le plus beau et le plus grand de tous les rois. En nous payant â ses dépens, le poète blâmait déjà le travers, qui se manifestera poussé à l'extrême dans la scène des gabs. Il y a un lien étroit entre les deux : la première non seulement annonçait le sujet et donnait le ton, mais encore préparait le public à la leçon de morale, que le poète voulait lui présenter dans son plein développement et avec toute sa portée.
On voit aussi la raison, qui l'a déterminé à choisir la manifestation la plus excusable du travers qu'il veut combattre. Les gabs ne sont pour les Français qu'une plaisanterie ; ils n'ont pas la moindre idée de faire ce qu'ils disent ni de tenir leurs gageures. Ils ne songent pas à se moquer du roi Hugon, et moins encore à lui causer un ennui ou un dommage. Le lendemain, au réveil, ignorant qu'ils ont été épiés, ils auront les premiers oublié leurs propos de la veille- Ils ont tout naturellement repris leur physionomie habituelle de nobles et pieux chevaliers. Le poète nous les montre dès le matin revenant, en beau cortège, d'entendre la messe (v. 637 sq.) ; l'empereur marche à leur tête portant en main un « rameisel d'olive » (v. 641). Ils ne songent plus aux plaisanteries de la veille. Mais la faute commise subsiste et va avoir toutes sts conséquences. L'exemple est par le poète aussi bien choisi que possible; il donnera