Cf. Chanson de Roland y v
3. L'auteur du Roland résume en effet le débat entre Roland et Olivier parle vers souvent cité Rolan:(esi pru^ et Olivier est sages (v. 1093).
4. Cf. Coulet, Le troubadour Quilhem Montanhagol^ pp. 51, sq.
telle q II elle s'exprime dans les chansons épiques et lyriques de nos trouvères. Ce qui la dirige, c'est le même amour, la même recherche exclusive de tout ce qui élève l'individu au-<lessus des autres. « La morale des anciens chevaliers, dit également M. Luchaire, se résumait en ces deux mots : « Sois preux *. » C'est la stricte application de ce précepte, qui a engendré les qualités et les défauts caractéristiques du chevalier des premiers âges féodaux, dont le type se perpétua chez nous pendant des siècles. Pour le vrai chevalier, il s'agit, en toute circonstance, de faire mieux ou autrement que les autres, de se distinguer surtout, et cela, sans avoir égard au bien ou au mal *. C'est une pensée d'orgueil, qui dirige la vie tout entière et c'est cette pensée, qui anime toujours les héros de l'épopée nationale. Quelque différence qu'ait pu mettre entre les personnages des chansons de geste le progrès des mœurs et l'influence de plus en plus grande des idées chrétiennes, ils sont tous, les uns et les autres, pour le mal comme pour le bien, toujours prêts à tous les excès. Ils sont tous, à un moment donné, des héros « desme-r sures ». La « sagesse » d'Olivier lui-même est toute relative. C'est quand la « desmesure » de Roland va entraîner la perte des Français, que sa « sagesse » essaie de faire prévaloir la considération de l'intérêt général sur celle de la gloire personnelle de son compagnon. A un autre moment, il se montre lui-même aussi peu « sage » et presque aussi « desmesuré » que Roland.
Plus tard, on a fait de cette « sagesse » un trait constitutif et permanent du caractère d'Olivier, et même, sur le modèle de ce contraste rendu célèbre par le succès du Roland^ on trouve çà et là, dans nos chansons épiques, un personnage, qui semble personnifier la raison, par opposition à l'orgueilleuse individualité d'un autre héros, et proclamer la nécessité de la « mesure ». C'est, en efl'et, un idéal plus complet et plus parfait, que celui qui subordonne à la raison, à la « mesure » la recherche de la « gloire » et le développement de la personnalité. Mais, cet idéal est, en raison de son élé-
1. Cf. Luchaire in Lavisse, Histoire de France y II, 2« partie, p. 141.