Cf, Koschwitz, 4c édition du poème, pp. xxet xxi
Cest à une conclusion à peu près identique, que nous amène le troisième trait, relevé dans le Foydge comme caractéristique de sa langue. La diphtongue primitive at, devenue bientôt un son unique et confondue dès lors avec le son f, est dans nos plus anciens textes une diphtongue réelle, accentuée sur le premier élément et qui assone en a. Il en est ainsi dans la Passion^ dans le Saint Léger et encore dans le Saint Alexis. Dans aucun de ces poèmes on ne découvre la moindre trace de l'évolution qui aboutira plus tard à rhomophonie ai : e \ K\x contraire, dans le Roland^ si ai et ai.,.e assonent quelquefois encore en a et fl...e, Thomophonie ai ; e et ai, . .^ : f . * .d est à ce point fréquente qu'on a pu penser que l'original, dont le manuscrit d'Oxford est la copie, ne faisait sans doute assoner ai qu'avec lui-même ou avec le son f *.
Or, dans le Voyage il n'y a pas la moindre trace d'une pareille homophonie. La diphtongue ai y assone presque uniquement, comme dans le Saint Alexis^ soit avec elle-même, soit avec le son a. Dans les deux seules tirades présentant ai à l'assonance, l'une en ai (XXVIII), Tautre en ain...e (XLIX), les mots en -ai et en -ain.^ç forment la grande majorité des assonances ^ Quant au fait que ai assone encore en a^ il est prouvé directement par la présence du mot palais (v. 769) dans une tirade en -a (XL VII), du mot snobaisset (v. 615) dans une tirade en a...e (XXXVI), et inversement par la présence de la forme at : 3* pers. sing. indic. présent de aveir (v. 509) dans une tirade (XXVIII) qui par ailleurs assone tout entière en ai. Il n'y a aucune raison de tenir ces assonances pour fautives et de chercher à les corriger comme des altérations dues à l'auteur du manuscrit. La tentative faite en ce sens par
1. « Dans les nombreuses tirades du Saint Alexis assonant en ^ ouvert soit masculin soit féminin, on ne trouve aucun mot qui ait droit en quelque façon à cette diphtongue ai. » Gaston Paris, La chanson de Saint Alexis, p. 38
2. Cf. Rambeau, op. cit., p. 90, et Koschwitz, 4^ édition du poème, p. xviii.
5. XXVIII : 10 mots en ai sur 1 1 vers et XLIX : 1 3 mots en ain...e sur 19 vers* Nous croyons en effet avec Koschwitz que le mot règne, qui dans le manuscrit se trouve deux fois à' Tassonance (v. 787 et 797), doit être écrit, comme souvent ailleurs, raine\ dans la prononciation il équivalait sans doute à un mot en ain.»^. Cf. Koschwitz, Romanische Studien, II, 39, et 4« édition du poème, p. xix.
M. Stengel n'a abouti qu'à des résultats plus qu'incertains '. En tout cas, le rétablissement de tirades pures en ai, a et a...e ne pourrait à lui seul établir, comme le veut M. Stengel, que le Voyage est de date relativement récente. S'il écarte par là la possibilité de faire assoner ai et a et la prononciation archaïque ai, il reste que le Voyage ignore absolument l'homophonie ai : f, et cela pourrait passer pour un trait fort ancien, puisque l'homophonie caractérise déjà la langue du Roland. Mais il n'y a aucune raison de douter que les formes suspectées appartiennent au texte original. C'est bien l'auteur du poème, qui a fait assoner a et ai, a...e et ai.,.e. Nous en avons une preuve indirecte dans le fait déjà constaté qu'il fait assoner aitt avec an et aussi aine avec an...e. En effet dans la tirade (XLIX) en ain.,.e où, comme nous l'avons remarqué^ la majorité des assonances est bien formée de mots en ain.,.ey on relève les mots France (y. 786 et 798) et grande (v. 788), qui ne détruisent pas Tassonance. Il semble donc que ain, ain...e assonent donc bien respectivement en an et an...e et, si Koschwitz éprouve quelque scrupule à s'autoriser du traitement de ai -f" Nasale pour établir la prononciation de aiy quand il est suivi d'une autre consonne ', le fait que la même tirade en ain,.,e réunit les trois sons ain,,.ey an,..e et en...e semble bien attester, que, pour assoner non seulement avec an.,. e mais aussi avec en...e, le son ain, et par suite le son ai, est encore assez étroitement apparenté au son a K
1 . C'est ainsi qu'au vers 509, au Heu de Entre or fin et argent guarde^ conéien i u/, M. Stengel propose de lire guarde^ combien i ait. On pourrait aussi bien conject urerf uarJe^ combien iai, en substituant la construaion personnelle à l'impersonnelle. L'une et l'autre correction sont du reste purement arbitraires. De même au vers 615 : Et reprendrai Fespiet, ain^ qu'a terre s'abaisset, pour rétablir la pureté de l'assonance, il remplace s*ahaisset par se ralge. On ne voit pas comment le scribe aurait pu commettre l'erreur, d'autant que l'assonance ai : a était pour lui absolument impossible. Enfin, bien qu'elle ait été admise par Koschwitz, rien ne justifie au vers 769 la transposition de en mon plus hait paîais en en mon palais plus hait. 11 ne saurait en effet suffire d'affirmer que l'auteur a dû mettre hait à l'assonance comme étant le mot important. Cf. Koschwitz, 4« édition du poème,
p. XVIII.