Cf. Koschwitz, 4« édition du poème, p. xviii
3 . Outre le mot regfie, deux fois répété (v. 787 et 797) et qu'il faut écrire raine
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Il est donc hors de doute que le Voyage en Orient {^\t encore assoner ai et a et qu'il ignore complètement Thomophonie ai ;f. Le fait est aussi certain que la confusion des sons an : en^ et tous deux ont paru à Koschwitz être la preuve incontestable de l'ancienneté du poème. L'assimilation de an : en lui paraît indiquer qu'il est contemporain du Roland, qui, lui aussi, confond les deux sons. La faculté de faire assoner ai : a et l'ignorance de Thomophonie ai : f, alors que dans le Roland celle-ci est à peu près générale, lui semblent même prouver qu'il est antérieur.
Ainsi l'étude des assonances paraît établir ce que, d'après celle des élisions, nous nous sommes refusé à admettre. Malheureusement, cette fois encore, si les faits invoqués sont certains, la conclusion qu'on en tire est extrêmement douteuse. A vrai dire, la démonstration tentée par Koschwitz reste incomplète. Il ne suffisait pas de montrer que le Voyage devait être contemporain du Roland^ si même il ne lui était antérieur. Il eût fallu mettre hors de doute qu'il ne pouvait lui être postérieur. La comparaison avec le Roland eût dû être complétée par celle du Voyage avec un texte notoirement plus récent. C'est ainsi, que, pour l'étude des élisions, Koschwitz lui-, même avait pris comme terme extrême de comparaison le Comput de Philippe de Thaun qu'on date des environs de 1120. Sans doute, l'on devine bien pourquoi, en ce qui concerne l'étude des assonances, il a cru devoir écarter son témoignage : la comparaison
(cf. suprdy p. 54), nous trouvons en effet dans celte tirade XLIX trois assonances consécutives (v. 793-79$ '.pleines, descetuire, ente) si surprenantes que Koschwitz avait d'abord songé à les grouper en une tirade particulière. Cf. 4e édition du poème, p. xvin-xix. Il a reconnu depuis que pleines était probablement fautif et amené par le plaines du vers précédent. Il suppose très vraisemblablement que le texte original avait amples. Quant à descendre et à ente, comme Thomophonie an. . e : en...e est pour notre poème attestée par ailleurs (cf. supra, p. $ 3), on peut admettre, que, dans cette tirade, ils assonent parfaitement avec France, grande et par suite, comme ceux-ci, slvqc plaines, deplaindre et tous les autres mots en ain .,.e.
d'un texte anglo-normand ne pouvait pour l'étude des assonances être très probante, puisque notre texte est certainement écrit dans un dialecte du continent. Mais pareil scrupule eût pu lui venir pour ce qui est du Roland lui-même, qui, s'il a été probablement écrit sur le continent, n'appartient sûrement pas au même dialecte que le Voyage * .
S'il jugeait légitime de comparer, au point de vue des assonances, le Voyage en Orient avec des poèmes appartenant à des dialectes continentaux mais différents, il n'était pas impossible de trouver des textes très postérieurs qui eussent rempli le même office que le Compuiy avait fait pour l'étude des élisions. On pouvait, en eifet, comparer le Voyage avec le fragment conservé du Roi Louis tizvtcXt Charroi de Nîmes ^ tous deux à peu près contemporains des poèmes de Philippe de Thaun et datés par Gaston Paris du premier tiers du XII* siècle. On pouvait même pousser plus loin la comparaison et examiner aussi au point de vue des assonances deux poèmes plus récents encore, la Prise d! Orange et les Chevaleries Vivien^ dont on place d'ordinaire la composition aux environs de 1150'.
Sans doute, l'absence d'éditions critiques pour la plupart de ces textes ne permet pas de fixer exactement leur origine dialectale ^ mais il est hors de doute qu'ils ont tous été écrits sur le continent
1. On admet avec raison (cf. supra^ p. 2) que le Voyage a été écrit par un Franc de France, c'est-à-dire, de l'Ile-de-France, au lieu qu'il faut probablement placer en Normandie l'origine du Roland actuel. Malgré l'obscurité du problème et les diverses solutions proposées, c'est en somme l'opinion de Léon Gautier, qui est la plus NTaisemblable, si on la débarrasse des précisions trop grandes qui ne font que la fausser. Il prétendait que l'auteur du Roland était un trouvère normand, qui avait vécu quelque temps en Angleterre. Il paraît plus sûr de dire simplement que c'était un Normand.