I. Cf. supra ^ p
LES CARACTèRES EXTÉRIEURS DU I>oèME 385
un poème du second tiers, ou du second quart du xii' siècle, comme Test le Voyage en Orient, reste tout à fait exceptionnelle et unique. Sans parler d'oeuvres tardives, comme les poèmes de Htum Capet et de Charles le Chauv\ tous ceux qui sont écrits en vers de douze syllabes, à commencer par le poème d'Alexandre de Bemay, le Mainety le FierabraSy le Gui de Bourgogne et les autres sont d'une époque beaucoup plus récente, où déjà se sont perdus l'esprit et les traditions de l'épopée primitive*.
Mais, à la date, où fut écrit le Voyage en Orient y le mètre uniquement employé par les trouvères épiques est le décasyllabe coupé en 4"]- 6. Des deux types, que le Moyen-Age a connus pour ce vers, l'un ayant sa césure après la quatrième syllabe accentuée, l'autre après la sixième, le premier seul est le mètre vraiment épique.
Il n'y a qu'un très petit nombre de poèmes, parmi ceux du moins qu'on range d'ordinaire dans l'épopée populaire, qui s'écartent sur ce point de l'usage établi. Deux nous présentent le décasyllabe coupé en 6 -j- 4. C'est le remaniement, que nous avons conservé, du Girart de Roussillony d'une part, et de l'autre, le si curieux poème d'Aiol ^. Cette espèce de vers se retrouve dans des œuvres de genres tout différents, comme le poème satirique d'Audigiery le Jeu de Saint Nicolas et aussi dans quelques romances françaises '. Deux autres poèmes nous présentent un vers différent du décasyllabe : ce sont les textes fragmentaires de Gormond et Isembard, et de V Alexandre d'Albéric de Briançon. Tous deux- sont composés d'octosyllabes groupés en tirades monorimes f . Une pareille disposition ne se retrouve que dans une œuvre d'un tout autre caractère, au moins en apparence, la Vie de Sainte Foi ctAgen en provençal >. Telles
1. Cf. Nyrop, Sloria delVepopea Jraitcese, trad. Gorra p. 374.
2. Cf. Aiol, éd. Normand et Raynaud, p. xiv et Rajna, Le origini delVepopea francese, p. $05.
3. Aioly ibid. et Gaston Paris, Littérature française au moyen dge, 2^ éd., p. 50.
4. Une autre particularité, propre au fragment de Gorniotid, c'est que les laisses inégales d'octosyllabes sont terminées par un refrain de quatre vers. Cf. Heiligbrodt, Romanische Studien, III, 518.