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Cf. Littérature française du moyen dge, p

3. Seul le fragment du Roi Louis a été édité de façon critique par Heiligbrodt. Cf. Rotnanische Studien, III, 501-596. Pour les trois autres poèmes nous avons utilisé l'édition de Jonckbloet : Guillaume d* Orange, chanson d^f geste des Xh et Xlh fiècles. Le Charroi de Nîmes figure au tome I, pp. 73 -m ; la Prise d'Orange 2U tome I, pp. II 3-162. Enfin les Chevaleries Vivien sous le titre de Covenant Vivien s'y trouvent au tome I, pp. 163 -2 11. Comme dans toutes ces éditions les tirades ne sont pas numérotées, nous les désignons dans les notes qui suivent par les numéros de leurs deux vers extrêmes, imprimés en caractères gras.

et, dès lors, on peut les comparer avec le VoyagCy au même titre que la Chanson de Roland ' .

Or, si l'on recherche comment ces différents poèmes traitent d*une part les sons an et en^ de l'autre le son ai, il est impossible de tirer des faits relevés dans le Voyage comme caractéristiques de sa façon de traiter ces sons, la preuve de son antériorité. C'est une constatation qui s'impose tout d'abord, et qui immédiatement rend douteuses les conclusions de Koschwitz. En effet, pour ce qui est des sons an et en, ces quatre textes nous les montrent confondus dans la prononciation. Il n'y a entre eux d'autre distinction à faire que celle de la proportion, dans laquelle chacun d'eux admet les mots en -an ou les mots en -en à l'intérieur d'une laisse en -en ou d'une laisse en -an. D'une façon générale, le Roi Louis et le Charroi confondent moins fréquemment les deux sons et semblent se souvenir davantage de la distinction primitive. Dans la Prise lï Orange 2m contraire, et dans les Chevaleries Vivien^ on remarque un plus grand nombre de mots en en ou en..,e dans des laisses assonant en an et^n...^, ou inversement de mots en an,..ey ou même en ain. ..eouai^«...eàrintérieurdetirades en en,..e. Cela atteste une confusion plus complète et plus ancienne des deux sons, et concorde avec l'indication que l'on peut tirer de la nasalisation 4éjà réalisée du son ie. L'un et l'autre nous offrent en effet plusieurs exemples de mots en -ien dans des laisses assonant en -an ^ .

1. Les deux traits, en effet, qui caractérisent le dialecte anglo-normand sont absents de tous ces poèmes. Tous observent la distinction des sons é et ie, ce que ne font jamais les poèmes anglo-normands, et, au contraire, ils confondent constamment, ainsi que nous le verrons de façon plus précise, les deux sons an et en. Si de ces mêmes faits il nous a paru légitime de conclure à Torigine continentale du Foyage (cf. supra, p. 51), la même conclusion s'impose à Tégard de ces quatre poèmes.

2. Le fragment du Roi Louis ne nous présente aucune laisse en -en ou en -en....e, mais seulement une laisse (9-36) de 28 vers en -an et deux (65-82 et 609- 612) en -an...e. La première ne présente à l'assonance qu'un mot en -en le mot dément (y. 21), la seconde a deux fois le mot OrietUe (v. 69 et-78) et dans trois vers consécutifs (v. 71-73) les assonances /i?«^r^, descuncendre et prendre. Enfin la troisième, qui du reste ne comprend que quatre vers, est absolument pure et n'a

à l'assonance que des mots en -an e. — Le Charroi de Nîmes nous présente

le mélange des deux sons dans une proposition assez semblable. Sur cinq laisses

Mais les différences que Ton peut noter dans la proportion , où ces divers poèmes mélangent les deux sons, ne sauraient justifier la diflférence d'âge qu'on établit entre eux d'une part et de l'autre le Voyage en Orient et la Chanson de Roland. Le trait même, que l'on retenait comme caractéristique de ces derniers, se retrouve dans nos quatre poèmes, et il est curieux de noter dans la Prise d^Orange et dans les Chevaleries Vivien cette même tendance à grouper à l'intérieur des tirades en -an ou en -en les mots en -en ou en -an, qu'on considérait comme l'indice d'une époque où l'on avait encore le sentiment de la distinction primitive \

Quant au son ai^ si en raison de leur âge on s'explique que tous

assonant en -an (295-300, 495-501, 581-635, 1097-1138, 1388-1415) et formant un ensemble de 138 vers nous n'avons relevé que 31 mots en -en. De deux laisses en -«n....« (88-93 et 273-278) la première est absolument pure, la seconde ne contient que deux mots en -fl«..^. — La proportion, malgré la différence d'âge, est presque plus faible dans les Chevaleries Vivien. Sur 6 tirades en -an (40-77, 223-250, 641-655, 1138-1157, 1506-1571, 1603-1614) comprenant ensemble 179 vers, il n'y a à l'assonance que 27 mots en -en, mais, ce qui atteste la confusion plus complète des sons an et en, c'est que nous trouvons y"

cinq fois à l'assonance un mot en -im ce qui atteste qu'à cette date le son te est lui-même nasalisé. Cf. v. 65, 69, 1538, 1571 et 1614. Enfin, nouvelle preuve, dans l'unique laisse (1351-1374) en -m... ^, la majorité des assonances (19 sur 24) est formée de mots en -an..,e, a.,.e, ain..e, aign.,e. Il y a même deux mots en -oigne (cf. v. 1366, esloingne et v. 1369, broingné), — Dans la Prise d'Orange sur 362 vers formant 9 laisses en -an (74-104, 450-509, 635-679, 89»-922, 1070-1118, 1324-1341,1421-1438, 1705-1726, 1767-1861), un tiers des mots à l'assonance est en -ett et l'un deux est même en -ien (cf. v. l'ji^, païens). Quant aux laisses présentant l'assonance féminine correspondante, l'une de 33 vers (179-211) nous présente huit mots en -en... e, cinq en ain....e et même un mot en -osne, l'autre de 3 vers (1886-1888) a deux mots assonant en -eti...e.

I. Dans le Roi Louis la laisse 65-82 qui présente cinq mots en en...e, en présente trois groupés v. 71-74. — De même dans le Charroi de Nîmes : 273- 278 : V. 277-278; 581-635 : v. 600-601 ; 1097-1138 : v. 1121-1122 et 11 36-1 138; 1388-1415 : v. 1393- 1394; - Prise d'Orange. 74-104 : v. 95-97; 179-211 : V. 188-189, V. 202-207; 450-509 : v. 461-463, v. 494-495, v. 498-500; 635-679 : V. 647-649, V. 657-649, V. 66$~666, V. 674-675 ; 899-922 : v. 901-902, v. 907- 908, V. 919-920; 1070-1118 : V. 1070-1073, V. 1084-1085, v. 1099-1102, v. 1107- 1109; 1421-1438 : v. 1428-1430, v. 1432-1333 ; 1705-1726 : v. 1707-1710, V. 1723-1724; 1767-1861 : v. 1782-1783, v. 1 792-1 794, v. 1829-1830, v. 1838- 1839, V. 185 5-1857. — Chevaleries Vivien. 40-77 : v. 47-50; 641-655 : v. 647-649; 1506-1571 : v. 1555-1557; 1603-1614 : v. 1611-1612.

éo CHAPÏTRE III

ces poèmes attestent rhomophonie complète ai : e, il faut constater aussi, que tous s'autorisent de sa prononciation primitive pour faire assoner parfois encore ai avec a *. On voit donc qu'on ne saurait s'appuyer sur ie fait que cette faculté semble inconnue à l'auteur du Roland % pour prétendre qu'il a écrit après celui du Voyage^ et il n'est pas peu curieux de constater, que, de tous les textes que nous venons d'examiner, c'est l'un des plus récents, les Chevaleries Vivien^ qui nous présente dans la plus forte proportion des mots en ai..,.e à l'intérieur de laisses assonant enfl.../.e.

En réalité, le seul trait caractéristique de la langue du Voyage^ et le seul qu'on puisse invoquer pour affirmer son ancienneté, c'est l'ignorance où semble être son auteur de l'évolution qu'a subie la diphtongue ai pour aboutir au son e. Il n'}' a, en effet, comme nous l'avons vu ', dans tout le poème aucune trace de l'homophonie ai ;f.

1 . De la prononciation archaïque de di le Roi Louis en Tabsence de toute tirade en a, a.,.e, ai ou ai...ene fournit aucun témoignage. Par contre, il atteste Thomophonie ai : f, Dans deux laisses en ç.e (41-60 et 217-254) on relève à l'assonance quatre mots en ai..,e : traite v. 53 et 234, çx faire v. 243 et 248. — Sur 6 laisses ena....<; du Charroi de Nîmes (154-182, 771-775, 975-978, 1048-1070, 1086-1096, 1312-1328), comprenant ensemble 89 vers, une (1086-1096) est

absolument pure, mais toutes les autres admettent des mots en a/ e (154-182 :

5 mots sur 29 vers ; 771-775 : i sur 5 ; 975-978 : i sur 4 ; 1048-1070 : 8 sur 23 ; 1312-1328 : 2 sur 17). Il ne présente que de faibles traces de Thomophonie ai : f. Sur trois lais<;es en ç..e la première (783-788) n'admet aucun mot en dr...^, une autre (832-842) n'en a qu'un (v. 836, faire)^ et la troisième serait pure à l'exception d'un mot non en ai...,e mais en oi.,..e (v. 1093,/oi^/c). — Pour la Prise d' Orange, la prononciation archaïque de di est attestée par la présence de sept mots en ai,..e dans les 92 vers qui constituent les quatre laisses assonant en en a... ^(719-737, 1046-1069, 1360-1386, 1543-1565). Une autre preuve est la présence déjà signalée de plusieurs mots en ain.,e à l'intérieur d'une laisse (179-211) en

an e. Cf. supra^ p. 60. — C'^rst dans les Chevaleries Vivien, chose curieuse, que

les traces de l'ancienne prononciation de ai sont relativement les plus nombreuses. Il

y a trois mots en ai....e dans une tirade de 24 vers (563-586) en a «, et quinze

mots en aigne dans une tirade de 28 vers en a e. Par contre, les traces de

l'homophonie ai : f, y sont plus rares. Deux laisses en e-e (151-167 et 1840-1860) n'admettent aucun mot en ai....e. Deux autres (729-744 et 952-978) n'en admettent chacune qu'un seul(v. ^42^ faite et v. 958, raisne). Deux enfin (587-640 et 1572-1602), sur un total de 85 vers, n'olfrent à l'assonance que cinq mots en at...,e.

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