‹ Publications spécialesChapitre 230 sur 274 · I . « Uns hom la fist de Tanciene vie · texte numérisé non relu

I . « Uns hom la fist de Tanciene vie

Hues oi non, si la mist en un livre Et seela el mostier Saint Denise Là ou les gestes de France sont escrites, Or est bien droiz que vérité vos die Que eles furent et de quel baronie :

Charles li rois a la barbe florie De Jersalem aporta les reliques De cel saint fust ou il sofri martire Et la corone qu'il ot el chief d*espines E les sainz clox et la sainte chemise Qu'enprés sa char avoit Sainte Marie Quant ele fu de son chier fil délivre Ce aporta en France la garnie

Ce fu une des jestes. (La Mort Aymeri de Karbottne, éd.

Couraye du Parc, v. 3059 sq.)

fait aucune mention du passage de Charlemagne à Constantinople et nous avons vu, qu'en effet, par suite de la tradition nouvelle, créée par Saint-Denis touchant le lieu d origine des reliques, le Voyage à Constantinople était complètement sacrifié dans la Descrip^ lio \ Peut-être même, le silence absolu de la Mort Aynienii l'égard de Constantinople prouve-t-il, que le poète a connu une forme de la légende, d'où cet élément était complètement éliminé ; il aurait ainsi connu un état postérieur à la Descriptioei au Voyage en Orient, Il se ferait uniquement l'écho de la tradition populaire concernant les reliques de Saint-Denis, que le succès toujours croissant de l'Endit et de sa foire avait contribué à propager.

Ce qui est plus intéressant dans ce témoignage de la Mort Aymeri, c'est l'effort, tenté par son auteur, pour faire rentrer dans une des « jestes » de Charlemagne la légende de son pèlerinage à Jérusalem, Il aurait négligé son origine comme son caractère très particulier, pour la confondre avec les traditions véritablement épiques. La chose est assurément à retenir, mais ce que l'on sait de ce poète enlève beaucoup de seYis à cette tentative. Il écrit à une époque tardive, où s'est déjà altéré l'esprit des légendes épiques. Lui-même les connaît peu et mal ; il leur emprunte çà et là un détail, l'idée d'un épisode; surtout, il ne distingue pas en elles ce qui est traditionnel et ce qui n'est que développement littéraire *. Il n'a composé son poème que pour donner une fin telle quelle à l'histoire d'Aymeri. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant, qu'ayant connu, par la croyance populaire, le Voyage de Charlemagne à Jérusalem, il l'ait accueilli comme un fait légendaire, analogue à ceux que rapportaient les chansons épiques, et que, pour faire montre de sa connaissance, il ait, de ce seul fait, constitué une « jeste » de l'empereur. Ce qu'il faut enfin retenir, c'est que son cas est unique, et que, nulle part ailleurs, nous ne trouvons, dans les chansons épiques, d'allusion expresse à la légende du Voyage en Orient ni surtout à notre poème.

Il faut donc renoncer à l'opinion, qui attribuait au Voyage une

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