Cf. Koschwitz, 4e édition du poème, p. iv
En Angleterre, au contraire, c'est bien notre poème, qui a été connu directement et qui a eu sa diffusion propre. Nous en avons une traduction intégrale en gallois, contenue dans le fameux Livre Rouge de Hergest et, au moins, deux autres, qui nous sont conservées incomplètement dans plusieurs manuscrits de la collection Hengwrt'. Il y en eut, sans doute, beaucoup d'autres et cela, joînt au fait que l'unique manuscrit du poème est l'œuvre d'un copiste anglo-normand, semble bien être la preuve de la popularité, que le poème aurait eue en Angleterre. Il faut cependant noter une particularité dans cette propagation du Voyage en Orient sur le sol anglais. Ces traductions du poème ne se présentent pas, en effet, à nous à l'état isolé, mais jointes à des traductions également en gallois de la fameuse Chronique de Turpin.
La chose est certaine pour les deux versions, que l'on reconstitue d'après les manuscrits Hengwrt. Elles font partie d'un recueil intitulé les « Faits de Charlemagne », qui contient non seulement la traduction de poèmes, comme le Roland et VOtinel, mais encore d'œuvres de tout autre nature comme la Chronique de Turpin ellemême. Dans ces manuscrits, la traduction du Voyage en Orient précède celle du Pseudo-Turpin et entre les deux semble avoir existé un lien plus étroit et plus ancien qu'entre les autres parties du recueil. Il est curieux de constater, que le poème anglais de Char-letnagne et Roland se compose, lui aussi, essentiellement d'uhe mise en vers du Pseudo-Turpin et d'un récit du Voyage en. Orient, celuici, il est vrai, emprunté non au poème français, mais à la légende latine. Ne serait-ce pas que l'auteur, ayant sous les yeux un texte qui réunissait le Pseudo-Turpin et le Voyage^ aurait substitué à la version du poème celle de la Descriptio, comme s'accordant mieux avec le caractère de la Chronique de Turpin ?
La troisième version galloise du poème atteste également ce rapport, établi de longue date entre lui et cette chronique. Sans doute, la traduction du Voyage forme un tout indépendant qui n'est pas suivi de celle du Pseudo-Turpin, mais elle a certainement été faite sur un original, où ces deux textes, et vraisemblablement eux seuls, se trouvaient réunis et mis bout à bout. Que cet original