‹ Publications spécialesChapitre 235 sur 274 · Cf. Koschwitz, Sechs Bearhgituîigetty p. ix · texte numérisé non relu

Cf. Koschwitz, Sechs Bearhgituîigetty p. ix

2. Cette hypothèse est écartée par Koschwitz, mais sans raison valable. Si Ton s'en tient cependant aux renseignements fournis par la version galloise du Livre Rouge et à son texte même, surtout, si l'on ne cherche pas à le corriger inutilement, il est vraisemblable, que Tauteur se référait à une tradi ction latine du poème français. Cette traduction avait été faite « par un bon lettré, sur l'ordre du roi des Iles Reinalt ou Ronald », et vraisemblablement pour figurer en tète d*un texte latin du Pseudo-Turpin, Les raisons, par lesquelles il explique que celui-ci fut écrit en latin, et le désir, qu*il attribue à son auteur « d'être compris par tous ceux qui le liraient, même parmi les nations d'une autre langue » étaient sans doute celles aussi, qui avaient déterminé le roi Ronald à faire traduire le poème français et, également, en latin. Nous savons du moins que le curé Conrad, auteur du Ruolandes Liely avant d'écrire son poème, avait d'abord traduit en latin l'original français, dont il s'inspirait. Cf. Léon Gautier, Epopées françaises, 2^ éd., II, p. 277. On ne conçoit guère un recueil comprenant le Voyage et le Pseudo-Turpin, dans leqi el le premier aurait été traduit en gallois et l'autre en latin. Il est plus naturel de considérer, qu'il y a eu, pour figurer en tête du texte latin du Pseudo-Turpin, une traduction latine du Voyage et que c'est cette traduction que fit faire le roi Ronald. C'est celle-ci, qui, traduite à son tour en gallois, constitue la version du Voyage contenue dans le Livre Rouge.

5 . « Ici s'arrête, dit-il, le récit que fit traduire Reinalt, le roi des Iles

et la querelle de la reine telle qu'elle y est racontée A partir de là, Turpin

raconte les exploits de Charlemagne en Espagne. » Koschwitz, Sechs Bearbeitungcn, p. 38. Remarquons que toutes les indications que l'auteur de la version galloise nous donne sur la traduction, probablement latine, qu'il traduisait à son tour, sont sans doute empruntées au manuscrit latin, qu'il avait sous les yeux.

le considérait pas comme un conte profane et frivole, à la façon des chansons que colportaient les trouvères. Peut-être, en lisant le récit de ce pèlerinage à Jérusalem, a-t-il jugé intéressant de le réunir au récit de l'autre pèlerinage, fait par Charlemagne à Saint- Jacques de Compostelle. La chose est d'autant plus possible, que le Pseudo-Turpin, qui raconte surtout ce second pèlerinage, n'a, peutêtre, été écrit qu'à l'imitation de la légende du Voyage en Orient et de tel ou tel récit, où cette légende était mise en œuvre '. Peut-être, malgré la différence de ton, ce lecteur avait-il reconnu dans les deux textes le même esprit clérical et un même dessein d'édifier. En tout cas, dès l'origine, il semble bien, que le Voyage en Orient n'a pas été considéré en Angleterre comme une chanson de geste. Il a paru avoir plus d'analogies avec un récit clérical, tel que le Pseudo-Turpin, et c'est sans doute à cela, qu'il a dû la popularité relative, dont il a joui jadis dans ce pays.

On dirait, au contraire, que l'auteur de la version galloise du Livre Rouge a été surtout sensible aux différences, qui distinguaient le Voyage de la Chronique de Turpin. En reproduisant le poème, non seulement il nous avertit, que, dans le manuscrit suivi par lui, le Voyage était accompagné du Pseudo-Jurpin, mais encore il constate, que celui-ci ne dit pas un mot des événements, qu'il vient de retracer. Cette « querelle » de Charlemagne et de sa femme et, sans doute, aussi la scène des gabs lui semblent des sujets trop frivoles, trop opposés à la dignité du clerc qu'était Turpin, et c'est ainsi qu'il explique son silence *.

Par contre, lui, qui peut-être n'est pas un clerc,, ou, du moins, à qui rien n'interdit de trouver ce récit amusant, l'ayant une fois jugé tel, il n'a pas hésité à le traduire pour son plaisir et aussi pour celui des autres. Peut-être, est-ce méprise de sa part ; peUtêtre, le comprend-il moins bien que ceux, qui lui découvraient des analogies avec la Chronique de Turpin. Peut-être, ne voit-il dans le Voyage qu'une chanson de geste comme les autres. Son erreur est

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