Cf. Coulet, Le troubadour Guilhem Montanha^oly p. 52 sq
2. Cf. Koschwitz, Ueberdie Chanson du Voyage de Charlemagne à Jérusalem, Romanische Studien, II, p. 60.
LA PERSONNALITÉ DE l'aUTEUR 4O7
malgré le dessein toujours suivi de l'auteur, on s'intéresse aux aventures qu'il raconte.
Cela est vrai pour nous et devait l'être plus encore pour le public, auquel il était spécialement destiné. Celui-ci ne put manquer d'être tour à tour ému au récit du pèlerinage, égayé par la scène des gabs et enthousiasmé par le triomphe final de Charlemagne et de ses compagnons. La discrétion, apportée par l'auteur dans son travail d'édification, avait pour résultat d'en rendre plus certains les effets. , Ce public de l'Endit, qu'avaient amené là une pensée pieuse et aussi le désir de prendre part aux réjouissances de la foire, fut certainement ravi du passe-temps, que lui offrit ce Voyage en Orient. Il répondait à ses sentiments pieux, et l'intéressait, Tamusait autant que le récit du meilleur des trouvères.
Par cet ensemble de qualités, l'auteur a réussi à faire un poème à la fois populaire et véritablement artistique. Il n'y a pas entre les deux choses l'incompatibilité, au nom de laquelle M. Morf, tenant le Voyage pour un « poème » populaire, se refusait à y reconnaître un poème « artistique \ » Une œuvre peut être écrite pour le peuple, exactement adaptée à ses idées, à ses croyances, à son esprit et cependant porter la marque de la personnalité de son auteur. C'est évidemment le Cas de notre Voyage en Orient,
Déjà, Gaston Paris avait été frappé de ce caractère très particulier, d'autant plus remarquable à l'époque reculée, à laquelle il plaçait la composition du poème *. La singularité et le mérite de l'œuvre ne sont pas moindres, si on le reporte avec nous à sa vraie date, c'està-dire au second quart ou au second tiers du xii'^ siècle. Les qualités, par lesquelles se manifeste cette personnalité dans la conception et l'exécution du poème, ne sont pas communes parmi les œuvres de notre moyen âge. Ce qui caractérise d'ordinaire celles-ci, c'est l'absence à peu près complète de composition. Les récits se poursuivent tant bien que mal, à travers la multiplicité des épisodes; le