Cf. Paul Meyer, Girart de Roussillon, p
Goulet. — Voyage de CbarUmagne en Orient, 37
If ^ .
L'un est le fameux poème d'Albéric de Briançon*, qui racontait l'histoire d'Alexandre. Il ne nous en est malheureusement resté que les 105 premiers vers et cette perte est d'autant plus regrettable, que l'œuvre nous semble, en effet, plus importante et représentative. Non seulement Albéric est le premier, qui ait mis en langue vulgaire la légende d'Alexandre, jusqu'alors conservée dans les textes latins accessibles aux seuls clercs, mais son oeuvre est le premier poème roman, dont le sujet soit emprunté à l'antiquité païenne, et, par là, elle est, en un sens au moins, le prototype des chansons, qui constituent le cycle de l'antiquité ou de « Rome la Grant »,
Ce n'est, cependant, ni l'une ni l'autre de ces raisons, qui font la véritable importance de ce poème. Ce n'est, à vrai dire, que par l'origine de la légende mise en œuvre, que l'œuvre d'Albéric ressemble aux romans et poèmes du cycle de l'antiquité. Ce qui constitue son originalité, c'est l'esprit très particulier, dans lequel elle est conçu. Sa valeur tient à ce double fait, que, comme le Voyage en Orient, elle semble bien être l'œuvre d'un clerc et qu'elle est, elle aussi, un poème moral. Sur la personnalité de l'auteur, il ne semble pas qu'il puisse y avoir doute ^ et, si M. Paul Meyer, qui a tant contribué à l'étude de ce fragment, ne l'a nulle part reconnu expressément, du moins, de tout ce qu'il dit, ce qui ressort nettement, c'est qu'un clerc seul était capable de l'écrire.
En effet, non seulement l'auteur a dû emprunter à des livres latins la donnée générale de son poème, mais tous les rapprochements ingénieux, faits par M. Paul Meyer. prouvent absolument, que dans les 105 vers, qui nous en sont restés, il n'y a pas une seule idée, un seul trait important, qui ne se retrouve dans ces textes latins et qui ne leur soit directement emprunté. L'érudition de l'auteur se marque encore au soin, qu'il prend de corriger la légende pour rétablir
1. L'hypothèse de M. Paul Meyer (cf. Alexandre le Grande II, p. 95), qui corrige ainsi le nom d'Albéric de Besançon, sous lequel était connu notre auteur, est en effet aussi vraisemblable que possible, étant donné la langue et l'origine probable du poème.