Cf. Paul Meyer, op. cit., I, p. xx
3. Cf. Gaston Paris, Littérature française au moyen dge, inédit., p. 7$.
LE POfÈME DANS LA LITTÉRArURE DU MOYEN AGE 42I
La transformation, subie par le personnage d'Alexandre dans le poème d'Albéric, peut donc être Texpression d'une idée et d'une inspiration propres au clergé et, à la date où il fut écrit, elle ne peut guère être que cela. Les personnages romanesques, auxquels on veut comparer ce nouvel Alexandre, sont en effet empruntés à des récits, qui- sont nettement postérieurs au poème d'Albéric. Le roman de Flamenca est de la fin du xii% celui de Floriant et Florete du XIII* siècle. V Alexandre est, au contraire, du milieu, peut-être même de la première moitié du xii® *. La transformation dans l'esprit et dans les mœurs de la noblesse, qui nous est attestée par les premiers, était sûrement moins avancée, quand celui-ci fut écrit. Qu'on songe, que, par sa date, le poème d'Albéric est contemporain des chansons, qui nous sont restées, de l'épopée féodale, si même il ne leur est pas antérieur. Combien un Guillaume d'Orange ou un Raoul de Cambrai sont loin de la « politesse », qui caractérise le jeune Alexandre. C'est donc, que ce type de seigneur féodal ou de roi chevalier était alors moins répandu, moins apprécié, moins généralement admiré, que ne le suppose M. Paul Meyer. Si Albéric de Briançon conçoit son personnage à cette image, c'est donc, à tout le moins, qu'il le préfère au type de chevalier, qu*a consacré l'épopée populaire, et qu'il a l'intention de faire partager ses préférences pour contribuer par là à la transformation des mœurs souhaitée par le clergé.
Le contraste, aisé à établir entre les héros de l'épopée contemporaine et le personnage d'Alexandre, nous renseigne donc à la fois sur la personnalité d'Albéric et sur les tendances de son 'œuvre. Par là, elle appartient bien à la catégorie de poèmes, où nous la rangeons, et que le clergé s'efforçait de substituer dans l'admiration du public aux chansons des trouvères.
Enfin, ce qui achève de la caractériser, c'est la pensée religieuse et morale, qui sert d'introduction au récit et dont ce récit ne doit être que la démonstration. La première strophe du poème est, en effet, tout entière consacrée à rappeler la maxime de Salomon :