n Desor gent chrestiane ne quir ferir
2. C'est un conseil, sur lequel revient plusieurs ibis k aux ver* 217-219 et 2866. Tous les « lécheors et ribauds », Marchegai, sont des ivrognes et le poète attribue leur fo Cf. V. 912 et loïr.
LE POèME DANS LA LITTÉRATURE DU MOY€N AGE 437
A tous ces conseils, Aiol répond en assurant son père, qu'il les suivra. Et, de fait, quand on voudra le prendre comme arbitre dans une querelle de jeu, il se récusera nettement, en déclarant qu'il ne sait rien du jeu des dés et qu'il n'a jamais joué (v. 2558 sq.). De même, à l'égard des femmes il observe la défiance, que lui a recommandée son père (v. 1028 sq. et 1053 sq.). Il méprise l'insulte du « lecheor » ivre, qui lui offre pour la nuit une de ses « mescines » et il reste insensible aux avances de sa cousine Lusiane, qui l'aime et qui pourtant serait digne de son amour. C'est qu'il se méfie de l'amour comme d'un danger.
Car amistet de feme fait tout muer
Le corage de rhome et trestomer (v. 22202221).
Il ne conçoit et n'admet l'amour que dans le mariage. L'histoire de son mariage avec Mirabel a, sans doute, subi des remaniements, mais certains traits subsistent du poème primitif, qui donnent à ces amours leur vrai caractère *.
La façon, dont se conduit Aiol en toute circonstance, est, elle aussi, un enseignement et achève de nous montrer ce qu'a été son éducation. Quand il a tué ou mis en fuite les Sarrasins rencontrés sur sa route, il n'a que mépris pour les trésors, qu'ils avaient avec eux et qu'ils ont laissées sur la place (v. 603-607 et 763-766). De même, quand la reconnaissance du roi Louis met à sa disposition plus de richesses qu'il n'en a jamais désiré, il ne les accepte, que pour en faire part aux « gentilç hommes » et aux chevaliers, qui, comme lui-même, se sont trouvés dans le besoin (v. 3703 sq.). Il en envoie aussi une partie à son père (v. 3842 sq.) et à ceux qui l'ont naguère aidé. Il sait reconnaître, en effet, les bons offices. En échange de l'hospitalité reçue chez les moines, il les débarrasse des voleurs qui voulaient les piller. Touché également du bon accueil, que lui fait, sans le connaître, Gautier de Saint-Denise, l'ancien
I. Aiol, en effet, ne l'épouse que quand elle est devenue chrétienne. Déplus, Tamour de Mirabel n*a rien d'une passion brutale. II se distingue très nettement de celui, que, dans certaines chansons, affectent les princesse3 sarrasines, éprises d'un chevalier chrétien. Cf. Aiol^ Introduction, p. lxi.
438 * CHAPITRE Vit
sénéchal de son père, il gardera le souvenir des menus donsqu'il en reçoir. Il n'oubliera pas davantage les bontés de sa tante Ysabel (v. 3673-367S) et, dès qu'il le pourra, il récompensera tous les services reçus '.
Il rend même le bien pour le mal et pardonne volontiers les injures. Il accepte de bon cœur les regrets, que Hersent lui exprime de l'avoir gabé»(v, 3720 sq.). Il fait présent d'un cheval au portier, qui naguère l'a si fortement maltraité (v. 36^1-3647). Et le roi, qui, lui-même, a quelque chose à se reprocher à l'égard de ce chevalier qui l'a si bien servi, ne peut s'empêcher d'admirer tant de magnanimité '. Même sous le coup de l'injure, il ne se laisse pas aller à la colère. Les bourgeois de Poitiers et d'Orléans le tournant en ridicule : « Que Dieu vous pardonne », leur dit Aiol. Et encore ; « Vous avez tort de m'injurier, moi qui ne vous ai fait aucun mal » (v. loiosq., 1069 sq. et 2595 sq.). Il est attristé par tant de malice, mais préfère tout supporter et ne pas avoir un jour le regret de, s'être vengé (v. 283 s) '- H ne veut se venger de personne, pas même de Makaire, l'auteur responsable de tous ses malheurs *. Avec ses
1. Il envoie à Gautier de riches présents (v. 3749 sq,) et celui-ci ne m.inque pas de faire la leçon à ses concitoyens qui n'ont su que « gaber • Aiol au temps de sa pauvreté.