‹ Publications spécialesChapitre 258 sur 274 · Si ne li caloit mie de touslor dis » (v · texte numérisé non relu

Si ne li caloit mie de touslor dis » (v

2. Une fois ou deux, il répond grossièrement à Hersent la « macheclière » (v.* 2710-2714) et à d'autres femmes (v. 2753-2754). Cela contraste trop nettement avec l'indifférence professée et pratiquée partout ailleurs par Aiol (v. 2760). Il est possible, que le ton ordurier de la réponse ait été introduit par le remanieur, dans le dessein de variei des épisodes, peut-être un peu trop uniformément semblables.

3. Une fois, il est vrai, Aiol tue un larron injurieux, qui a saisi le cheval (v. 1840 sq.). Mais ce trait se trouve dans une partie en vers de 12 syllabes, qui est du remanieur et où réapparaissent, avec d'autres personnages et des circonstances nouvelles, des épisodes déjà racontés. La violence d'Aiol est ici une invention maladroite de ce remanieur.

4. Ici encore, le remanieur intervient maladroitement pour menacer le roi de la

païen nommé Tornebeuf * et de Makaire, le pire pourtant dç ses ennemis*. C'est qu'Aiol sait tenir le serment fait à son père (v. 305- 311) de ne jamais commettre de félonie, d'être toujours digne de son lignage et qu'il a très vif le sentiment de sa dignité '.

Il a, sans cesse, les enseignements de son père présents à l'esprit, et ce qui lui donne plus encore le courage de tout supporter, c'est le sentiment religieux, qui dirige toute sa conduite. Aiol est, en eflfet, un chevalier non seulement instruit et d'une haute moralité, il est surtout un chevalier pieux, qu'anime la crainte de Dieu, qui a recours à lui dans toutes les circonstances de sa vie et qui rapporte à Dieu le mérite de toutes ses actions. C'est l'effet le plus important de son éducation et ce qui nous permet le mieux de la caractériser.

Le bon ermite Moysès, qui, si charitablement, a subvenu aux besoins matériels des parents d'Aiol, qui a pris tant de soin pour l'élever, n'a eu garde de négliger son éducation religieuse. De son côté, tlie, son père, qui a tout perdu, qui n'a trouvé une aide qu'auprès de l'ermite, a appris à ne plus espérer qu'en Dieu et c'est de lui seul, qu'il attend ce qu'il désire. C'est à Dieu, qu'il remet le soin de protéger AioH. Le sentiment, qui anime le « chastiement », qu'il fait à son fils, est celui de la crainte de Dieu (v. 170 et 328). C'est également à Dieu, que Moysès confie Aiol, au moment de son

colère d'Aiol, s'il ne consent à faire grâce (v. 3353-3558). Aiol, en effet, ne comptait, et avec raison, que sur la reconnaissance du roi Louis. Cf. v. 3437-3438.

1. Il arrache Tornebeuf à la colère des Français, qui, outrés du message qull apporte, sont sur le point d'oublier sa qualité d^ambassadeur. Autant il répond fièrement aux menaces du Sarrasin (v. 40 16-40 18), autant, dès qu'il sait cette qualité (v. 4025-4027), il est pour lui plein d'égards. Il le fait manger (v. 4031), et boire (v. 4042). Il l'appelle même « ami » (v. 4054). Il le défend contre Louis, qui veut le faire mettre à mort (v. 4087). La seule condition, que lui impose Aiol, c'est, de retour dans son pays, de ne pas dire du mal du roi Louis (v. 4096).

2. Quant à Makaire, non seulement il le traite avec modération, mais, lui ayant promis de ne pas le dénoncer, il tient sa promesse, afin de le soustraire à la colère du roi. Cf. Aiolj Introduction, p. lxi.

3. A ceux qui le raillent il répond, en effet, finement : Qiii qui tne tieg^ne a vil, je me lieng cbier (v. 979), ou encore : Certes je m'ai moît chier^ qui qui m'ait vil. (v. 2274).

4. Cf. notamment aux vers 109-112, 129-130, 141-142, 162-163, 208-209, 220, 246-248, 323-325» 446-448, 494-495» 522-523.

départ (v. 433 sq.). Il lui remet ce qu'il a de plus précieux, un saint « brief »,

Li non de Jhesu Crist i sont tout vTai

il le lui « scelle » sur l'épaule droite et, dès lors, « l'enfant ». n'a

plus rien à redouter (v. 472-473). Il chante aussi une messe à son

intention, et

Aiols trestout amiés l'a escoutée (v.5 39).

De son côté, Aiol sait, qu'il est tout entier dans la main de Dieu. C'est à lui, que sur le point de les quitter, il recommande son père et sa mère (v. 543). A tous ses projets Dieu est mêlé comme celui, de qui il attend tout (v. 157-160, 317, etc.). Dès qu'il se met en route pour aller trouver le roi Louis, il s'adresse à Dieu, pour implorer sa protection et son secours (v. 561-580 et 587-596). Et le poète prend bien soin de nous dire, que, sans ces prières et sans celles, que font de leur côté Elie et Avisse, c'en aurait été fait d'Aiol, et dès sa première aventure (v. 597-602). Dans toutes ses épreuves, c'est toujours à Dieu, qu'Aiol demande le courage de les supporter et la force de les surmonter \ Aussi, n'oublie-t-il jamais ce qu'il doit à la providence divine. Fidèle aux conseils de son père, il va fréquemment prier à l'église (v. 125 1) et même il communie avec les bons moines qui l'ont hébergé (v. 1485). Quand il arrive à Orléans, il va d'abord au célèbre « mostier » de Sainte-Croix. Il y prie, et longuement, pour ses parents et pour lui-même (v. 1898- 19 10 et 19 14-1922). Il fait même une offrande, qu'il dépose sur l'autel (v. 1923-1925). Et le lendemain encore, il retourne, dès l'aube, à Sainte-Croix pour y entendre la messe et pour, « jusqu'à midi », y suivre une procession (v. 2225-2226). Quand il implore Dieu

I . Quand il est en quête d*un gîte, il s'adresse à Dieu et Dieu lui fait trouver le couvent et le logis, où Tattend une bonne hospitalité. Cf. 772-773, 1721-1722, 1936-1937. Contre les huit Sarrasins qu'il lui faut combattre, il réclame l'aide de Dieu (v. 729-7 30) et contre les voleurs du couvent il implore Dame îîainte Marie (v. 809-812). De même, s'il s'agit de brigands à combattre ou d'un lion à tuer (v. 1 194). C'est pour l'amour de Dieu, qu'il supporte les moqueries des bourgeois de Poitiers (v. 941-942 et 1161-1164).

contre les quatre « robeors », dans sa longue prièrefv, 2969 3023) il raconte même tome la Nativité et l'Adoration des mages.

C'est qu'en effet, ainsi qu'il le dit lui-même, il n'a d'autre 11 garant » que Dieu (v, 2083). Maïs, par contre, fort de sa conscience pure, il ne doute pas que sa protection ne l'accompagne partout. Il n'hésite jamais devant un obstacle ou devant un ennemi, assuré qu'il est de les surmonter et de les vaincre'. En plus d'une circonstance, le succès d'AioI tient du miracle. C'est le cas de sa victoire sur les quatre Sarrasins et de celle sur les « robeors » (v. 3000 sq.). Elles sont invraisemblables. Contre un ennemi très supérieur il n'a avec lui ni parent, ni cousin (v. 640) mais seulement sa « bonté » et la protection de Dieu (v. 690-693). Son triomphe ne fait que mieux ressortir l'efficacité de cette protection. On peut, en effet, l'impossible, quand on a Dieu avec soi. Lui seul suffit à nous garder du danger et de la honte. C'est ce que ce dît Aiol, toutes les fois qu'un danger imminent semble devoir l'écraser, et c'est ce que le poète répète, fréquemment, pour son propre compte, comme une vérité, dont il veut que son auditoire ou ses lecteurs se pénètrent '.

Le personnage d'Aiof est donc plus complet qu'on n'avait cru- II n'est pas seulement le type de la persévérance, de la générosité, de la patience et de la loyauté '. Il incarne, à vrai dire, toutes les qualités, toutes les vertus, que peut développer une éducation

mporiersur Aiol ei le roi Louis s'en effraie.

« Sire, che dist Aîols, ne vos doutés

Tani m"afi jou en Dieu de majesté (v. 4} 58-43 39).

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,-. 1229 et V, 2276. 1- Cliil cui Dex vieut aidier n'ert ja hociis. j. Cf. Aiol, Introduction, p. LXI,

vraiment pieuse. Le poème tout entier n'a d'autre raison d'être, que de montrer ce que peuvent la pureté du cœur et la pratique des vertus chrétiennes. Même au point de vue de la vie courtoise et guerrière, l'éducation reçue par Aiol le met rapidement à même de savoir ce qu'il doit savoir. Elle l'a formé pour'bien combattre* et pour rendre comme il faut la justice % les deux fonctions essentielles du seigneur féodal. Aiol peut être pauvre et mal vêtu; il peut aller à travers le monde seul et inconnu K Ses vertus, qui lui valent la protection constante du ciel, lui assurent en tout le succès; par elles il s'élève au-dessus de l'humanité commune. Il est une sorte de héros providentiel, qui va toujours droit son chemin, sans se laisser détourner par rien +.

Le monde, par rapport à lui, apparaît comme tout à fait médiocre et méchant. Pour quelques bonnes âmes comme Gautier le sénéchal, comme Raoul le bon « vavassor » de Châtellerault (v. 1369 sq.), comme Madame Ysabel (v. 2003 sq.) et comme le « paumier » (v. 1589 sq.), qui reprochent aux autres leur malice et accueillent le pauvre Aiol, combien manquent à la charité chrétienne ! Le « paumier » lui-même a commencé par le « gaber » (v. 1572 sq.). La femme de Gautier veut empêcher son mari de lui faire l'aumône (v. 1218 sq.) et le force à se cacher pour faire le bien (v. 1241 sq. et I27isq.). Dans ce monde, bien des injustices se commettent chaque

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