‹ Publications spécialesChapitre 265 sur 274 · I. Cf. V. 69-73 : « Puis fu il chevaliers coragous et ardis · texte numérisé non relu

I. Cf. V. 69-73 : « Puis fu il chevaliers coragous et ardis

Et si rendi son père tout quite son paîs, Et Dameldieu de gloire de si boin ceur servi, Quant vint après sa mort, que en fiertre fu mis : Encor gist a Provins si con dist li escris. »•

Cf. encore v. 6041 : <c Tant fist Aîols en tere que il est sains el ciel. »

Les deux seuls pitssages, où cette identification est attestée sont, on le voit, dans les parties remaniées, et tout tend à nous prouver qu'elle était, en effet, le fait du renianieur. C'est en vain, que M. Suchier s'est efforcé de la défendre et de soutenir que TAiol de l'épopée n'était autre que saint Aioul (cf. Jetiaer LiUratttn^eitung 1877, p. 44). Il n'y a aucun rapport entre la vie du moine d'humble origine que fut vraiment saint Aioul et celle du comte du Mans, dont on faisait le prototype d'Aiol, ou encore celle du héros dj poème, personnage d'invention, mais qui nous est représenté comme un vrai chevalier et de haute naissance. Il est impossible, que l'auteur du poème primitif, qui était un clerc et qui, de plus, était originaire d'un pays voisin à la fois de Blois, où était né saint Aioul, et de Provins, où il fut enterré, ignorât la légende de ce saint, au point de peindre comme il l'a fait la vie d'Aiol, si vraiment il voyait en lui le futur saint (cf. AioJ^ Introduction, pp. xxix sq.). Au contraire, l'on conçoit aisément, qu'un jongleur comme l'auteur du remaniement, quine connaissait de saint Aioul que le nom, qui avait, peut-être, vu à Provins son tombeau, mais qui ne savait rien d'autre de sa vie réelle, sur la similitude du nom et aussi surtout en raison du caractère pieux et dévot d'Aiol, ait confondu le personnage poétique avec le saint.

venu dans les mœurs, et -qui se serait traduit dans une nouvelle façon de concevoir les héros épiques. En fait, les chansons de geste contemporaines de VAiol comme de V Alexandre, par leur fidélité à perpétuer r idéal et l'esprit de l'ancienne épopée, rendent cette explication impossible, et attestent tout au moins, qu'il y avait encore lutte entre les deux conceptions.

Si même l'on remarque, combien les héros des chansons postérieures ressemblent plus, toutes différences gardées, à leurs ancêtres de l'épopée primitive qu'au type d'Aiol et d'Alexandre, il apparaît nettement, que le progrès réel survenu dans les mœurs n'a pas influé de façon sensible sur le développement interne de l'épopée. Le peuple est, somme toute, resté fidèle à son admiration pour l'héroïsme particulier de ses vieilles chansons. Des personnages comme Alexandre ou comme Aiol resteraient isolés, si on prétendait les mêler à la troupe des héros épiques et, de même les poèmes, où sont racontées leurs aventures, si on persistait à les ranger parmi les chansons de geste.

On ne peut continuer à le faire, qu'à la condition d'admettre, qu'ils furent écrits par des trouvères singulièrement en avance sur leur siècle, ou même en opposition avec lui. Quel que fût, à cette date, le progrès réalisé dans les mœurs, il est certain, que des types de chevaliers aussi accomplis qu'Alexandre et que Aiol n'étaient et ne sont encore aujourd'hui qu'un idéal. D'autre part, le contraste de leur caractère avec celui des vrais héros épiques est trop complet pour n'être pas conscient et voulu. C'est un autre idéal de perfection, qu'ils opposent au type, en quelque sorte traditionnel, des héros épiques, et que leurs auteurs veulent substituer à celui-ci dans l'admiration populaire. Dans la pensée d'Alb^ric et de l'auteur d'Aiol, des héros comme les leurs sont infiniment supérieurs à ceux de l'ancienne épopée et leur héroïsme, plus moral, doit avoir un effet sur le progrès des mœurs.

Il ne semble pas, qu'il puisse désormais y avoir doute sur la tendance nettement moralisante de pareilles œuvres et cela seul suffirait à attester, que ces poèmes, qui ne sont pas des poèmes épiques, ne sont pas non plus l'œuvre de simples trouvères. Au surplus, l'idée

cléricale et dévote, qui domine cette transformation de l'héroïsme chevaleresque et cette tendance moralisante, achèvent de déterminer la personnalité des auteurs comme le caractère des œuvres. Aiol est si manifestement le type du chevalier chrétien, qu'un remanieur n'a pas hésité à reconnaître en lui un saint *. Quant à Alexandre, s'il est païen, l'éducation qu'il a reçue porte la marque cléricale, et la pensée, dont* tout le récit était la démonstration, est une pensée nettement pieuse et dévote. Qui sait même, si le paganisme du héros ne concourait pas à cette démonstration, et si Alexandre n'avait pas été choisi à dessein par un clerc, pour montrer que tous les mérites de son éducation, toutes ses qualités et toute sa grandeur n'étaient que vanité, étaient plus fatalement encore destinés au néant, par le seul fait qu'il n'était pas chrétien?

Comme le Voyage en Orient et comme le remaniement de Girart de Ronssillony les deux poèmes à' Alexandre et ai Aiol sont des poèmes pieux et moraux et eqrent pour auteurs des clercs. Ils appartiennent si peu à l'épopée nationale, que leur esprit est la négation même de l'inspiration épique. Si l'auteur du Girart de Rotissillon actuel, plus fidèle à l'égard de son modèle, met surtout le sens de l'œuvre dans sa conclusion, les autres semblent s'efforcer de s'écarter le plus possible des récits et des mœurs, en quelque sorte, traditionnels de l'épopée. Qu'ils lui empruntent des personnages, des détails et des thèmes, ou qu'ils inventent librement la matière de leurs poèmes, ils ne visent qu'à supprimer la poésie héroïque des trouvères et à les remplacer par des récits plus chrétiens et plus moraux. Enfin, pour mieux marquer le caractère particulier de leurs poèmes, pour éviter qu'on les confondît avec des chansons de geste et qu'on les prît eux-mêmes pour des trouvères, ils adoptent tous un mètre différent du vers épique. La forme et Tesprit de ces poèmes s'accordent ainsi pour faire d'eux des œuvres à part, nettement distinctes des chansons de geste des trouvères.

Ils appartiennent de plein droit à la littérature religieuse. Dans une histoire de notre ancienne littérature, conçue sur le plan de celle de

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