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2. Cf. Gaston Paris, Littérature française au moyen âge, pp. 221 sq.

Le POEME DANS LA LITTERATURE DU MOYEN AGE 45 î

a lutté de tout temps '. Les traditions littéraires d'une part, et, de l'autre, l'attachement du public aux personnages et aux récits de l'ancienne épopée tendaient à perpétuer comme uq exemple le type du chevalier vaillant et courageux, mais uniquement préoccupé de sa « gloire » et n'ayant pas toujours un suffisant souci du bien et du mal. C'était la négation même des efforts, tentés par le clergé pour diriger l'éducation du jeune noble et faire du chevalier le type accompli du soldat chrétien.

Au surplus, le succès de cette tentative fut loin d'être immédiat et complet. Peut-être même, la chevalerie n'a-t-elle été qu'une conception théorique et un idéal qui ne fut jamais réalisé '. En tout cas, bien que la tentative du clergé remonte au moins au x' siècle ^ les chevaliers de la fin du xi*, ceux de la poésie et ceux de l'histoire, les héros du Roland et les barons de la Croisade étaient loin du type de perfection, que le clergé avait conçu pour eux. L'éducation de la société guerrière du moyen âge fut l'œuvre de plusieurs siècles et, pour l'accomplir, on peut affirmer que le clergé ne négligea aucun moyen. Ainsi s'explique, sans doute, au xii*= siècle, la naissance de poèmes destinés à remplacer l'ancienne épopée, à combattre son esprit traditionnel et à réformer les mœurs de la société chevaleresque.

C'est pour combattre un travers de cette société, qu'est spécialement imaginé le Voyage en Orient, et c'est en opposition avec l'idéal héroïque de la noblesse française, que le clergé dresse l'héroïsme supérieur d'un Alexandre ou d'un Aiol. Les poèmes, qu'il s'efforce de substituer aux chansons de geste, ont pour objet d'entraîner la société féodale vers la réalisation de cet idéal. Ils contribuent à l'éducation de cette société, qui fut au moyen âge la grande affaire du clergé. Ils sont une des. formes, sous lequelles se manifesta, en ce sens, son action. Le Voyage en Orient , comme Y Aiol , comme Y Alexandre,

1. Cf. Luchaire in Lavisse, Histoire de France, t. II, 2« partie, pp. 139-143.

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