Cf. Langlois, op. cit. y p. clvi
7. Cf. Voyage en Orient : v. 226 pri; v. 227 despit; v. 435 et 621 lit et même V. 62 1 et 740 gist (=: jacet). De même dans les assonances féminines correspondantes, on trouve v. 21 1 = esfnces (-rr spécies), et v. 650 et 685 ivre (= •ébrium).
élément de datation, il est curieux de voir <iu'au moins en ce qui concerne le traitement des monosyllabes, celui-ci ne se différencie pas nettement de celui-là. Les élisions des mots comme li, jOy ço ne sont pas très sensiblement plus fréquentes dans le Couronnement ni les hiatus moins nombreux. Cependant, à la date où l'on place sa composition, l'affaiblissement, constaté déjà dans le Roland, devait être plus général et plus complet. C'est une nouvelle preuve, que l'emploi des formes entières et des formes élidées est avant tout dans notre ancienne poésie un artifice de versification, et ne révèle pas uniquement un état plus ou moins avancé de la langue '.
Mais surtout, en ce qui concerne le traitement des sons an, en^ et de la diphtongue at le Couronnement ne se distingue en rien du Voyage. Pour les premiers, c'est le même mélange des deux sons, avec les mêmes particularités, que dans le Roland et dans le Voyage on interprétait comme un souvenir de la distinction primitive. Dans deux tirades (LIX et LXII), les deux sons sont absolument confondus. La seule différence qu'on pourrait constater c'est que peut-être dans une de ces tirades (LIX) en -ani, les assonances en -ent se présentent plus fréquemment à l'état isolé. Par contre, deux autres tirades semblent attester un traitement plus archaïque des sons, sans que l'on doive vraiment attribuer cette différence à la présence dans le poème de deux parties d'âge et d'auteurs différents *. L'une (XXIII) est absolument pure et ne présente à l'assonance que des mots en -en; dans l'autre (I), à l'exception d'un seul, tous les vers
1. En se reportant à Tétude faite par M. Langlois des élisions dans le Couronnement^ on constate que, pour les monosyllabes examinés par Koschwitz, la proportion des élisions et des hiatus est sensiblement la même que dans le Voyage, Pour H := cas sujet de Fart. masc. sing , l'hiatus et Télision sont également fréquents. Le cas sujet du masc. pluriel H n'est pas plus élidé que dans le Voyage. Pourge, forme affaiblie du personnel jo, on constate 15 élisions et 5 hiatus. EnAn, pour 8 cas, où Ton trouve élidée la forme du démonstratif ce = fo, il n'y a qu'un cas d'hiatus. Cf. Langlois, op. cU-, p. clxv.
2. C'était l'explication que donnait M. Langlois. Cf. o/>. cit., p. CXLVI. Mais le fait que les mêmes différences dans le traitement des mêmes sons se retrouvant dans le Voyage en Orient, qui, lui, est bien l'œuvre d'un seul poète, nous en montre l'inutilité. Elles tiennent surtout à l'habileté plus ou moins grande des poètes à trouver les assonances dont ils ont besoin.
assonent régulièrement tn-an. C'est exactement ce que Ton constatait à la fois dans le Voyage et dans le Roland, et ce qui avait paru prouver, qu'ils étaient l'un et l'autre contemporains du même état de la langue. Maintenant, cette conclusion est rendue douteuse par cela, que sur les mêmes faits le Roland s'accorde avec le Couronnement. De ce que tous deux traitent exactement de même façon les sons en et an, il est clair qu'on ne saurait renverser le rapport d'âge établi par ailleurs entre eux, et prétendre qu'ils sont sensiblement contemporains. Si le Couronnement, qui est postérieur au Roland au moins d'un demi-siècle, nous montre les sons an : en au même stade de leur développement, la seule conclusion à en tirer, c'est qu'il appartient à une région linguistique, où l'évolution de ces sons a été plus lente, plus tardive que dans celle du Roland. Et c'est en effet un des traits du dialecte de l'Ile-de-France, que sa persistance à maintenir plus longtemps que les autres la distinction primitive des deux sons an et ^ ' .
Dès lors, la mênie conclusion s'impose en ce qui concerne le F()yfl^e en Orient, qui a la même origine dialectale. De ce qu'il traite de la même Ëiçon que le Roland les sons an et en, on ne doit plus conclure qu'ils ont été écrits à la même époque. Au contraire, étant donné que le francien a toujours été en retard sur le dialecte du Roland pour le développement de ces sons, le fait que le Voyage nous présente la même phase de cette évolution que le Roland nous force à conclure qu'il doit lui être postérieur. Et d'autre part, comme il est également d'accord sur ce point avec . le Couronnement y leur communauté d'origine nous oblige à penser qu'ils doivent être sensiblement contemporains.
C'est à la même conclusion que Ton arrive, si l'on remarque, qu'en ce qui concerne le son ai les mêmes particularités relevées dans le Voyage en Orient se retrouvent identiques dans le Couronnement. Celui-ci comme celui-là fait encore assoner quelquefois ai en a et surtout ignore aussi complètement l'homophonie ai : f. Ce dernier fait est particulièrement sensible dans le Couronnement. Dans le