Cf. supra, pp. 2 sq
affirmer l'ancienneté de tel phénomène ou de tel trait linguistiques. S'il garde sa valeur de témoin, en ce qui concerne la langue du xii« siècle, comme, pour cette période, les documents datés, écrits en français, et même en « francien », sont relativement plus nombreux, il n'a cependant que l'importance d'un texte de comparaison.
De même, l'histoire de notre versification, qui s*appuyait sur le Voyage pour affirmer, que, dès le xi* siècle, le dodécasyllabe était déjà d'un emploi relativement fréquent', perd beaucoup à son rajeunissement. Si, à la date que nous lui attribuons, il est encore un des plus anciens textes, où ce vers soit employé, du moins sa présence est-elle moins surprenante, puisque l'époque est proche, où l'alexandrin deviendra d'un emploi général. Si même l'on admettait les raisons, que nous avons attribuées au choix fait, de ce vers par l'auteur du Voyage^ y s'il l'a adopté pour distinguer son récit de ceux des trouvères, il semblerait, que, loin de prouver l'ancienneté de sa diffusion, sa présence dans le poème indiquerait plutôt, qu'il est, à cette date, encore assez rarement employé. Le Voyage en Orient serait le témoin des commencements modestes d'une fortune, qui devait être aussi brillante que rapide.
Au point de vue du contenu, toutes les déductions, par lesquelles on croyait pouvoir affirmer l'existence, non seulement de chansons, mais d'une geste relative à la légende des Narbonnais, et qui, essentiellement, reposaient sur le témoignage, que l'on tirait de notre poème, toutes ces affirmations, on le voit, tombent du seul fait, que nous faisons le Voyage contemporain, ou à peu près, du Couronnement de Louis, Tout ce que prouve la présence dans ce poème des quelques héros, qui y figurent, de la famille des Narbonnais', c'est que, dans le second quart du xii* siècle, il y avait des chansons, où étaient racontées certaines aventures de Guillaume d'Orange, d'Ernaud de Girone, de Bernart, d'Aïmer et de Bertran. C'étaient déjà des noms familiers au public, puisque, selon toute vraisem-