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Cï, supra, p

2. Cf* G. Paris, Littérature française du moyen dge, pp. 53-34.

Le premier de ces traits les distingue profondément du reste de notre ancienne poésie narrative, des poèmes plus ou moins savants, bâtis sur des légendes étrangères et importées : poèmes imités de l'antiquité, romans grecs et byzantins, romans bretons. Par le second, elles s'opposent encore à eux, à leur recherche du merveilleux comme aux inventions des romans d'aventure, et, en même temps, elles se différencient de la littérature qu'animera l'esprit bourgeois. Mais tous deux se retrouvent dans toutes nos chansons épiques, à quelque date et à quelque trouvère qu'elles appartiennent. Se retrouvent-ils donc dans le Voyage en Orient ? Leur présence suffirait à établir, qu'il est bien l'œuvre que l'on a cru qu'il était, et à lui assurer sa place parmi les plus précieux monuments de notre ancienne poésie héroïque.

I. — Les rapports historiques de Charlefnagne avec Consiantinople

et Jérusalem,

A vrai dire, on n'a pas plus mis en doute le caractère des traditions, qui fournissent la matière du Voyage en Orient, que la nature du poème lui-même. Et l'un explique l'autre, au moins en partie. On ne semble même pas avoir soupçonné, qu'elles pussent être autre chose que des croyances largement répandues parmi le peuple. L'opinion de Gaston Paris, celle de Koschwitz et celle de M. Morf, c'est que nous avons bien affaire à deux traditions populaires, primitivement indépendantes, et relatives, l'une à un pèlerinage à Jérusalem, l'autre à un toyage de Charlemagne à Constantinople. Notre poème les aurait mises en œuvre, en s'efforçant de les fondre dans l'unité d'un même récit. Toutes deux seraient la déformation inconsciente de faits historiques réels.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que Charlemagne n'est jamais allé à Jérusalem ni à Constantinople. En ce sens au moins, ce que raconte, le poème est légendaire et fabuleux. A regarder même ce que l'histoire nous dit des rapports de Charlemagne avec l'Orient, on a peine ^ à se représenter, comment cette réalité aurait pu donner naissance à cette légende.

Pour ce qui est de Constantinople, l'empereur songea si peu. à la conquérir, qu'il se défendit toujours d'en avoir la moindre velléité; : Sa politique avec les souverains grecs tendit à les convaincre de ses.intentions pacifiques, à désarmer les défiances qu'avait fait naître son élévation à l'empire ', et à obtenir qu'ils voulussent recon-naître sa nouvelle dignité*. Il n'y réussit qu'au bout de dix ans, après avoir échangé plusieurs ambassades avec l'impératrice Irène d'abord, puis avec ses successeurs Nicéphore et Michels Son unique ambition fut de se faire accepter par eux comme un ^al. Ce fut là toute l'histoire de ses rapports avec l'empire grec.

Celle de ses rapports avec Jérusalem, plus glorieuse, semblait devoir frapper plus vivement l'imagination du peuple. Charlemaéne réussit en effet à établir sur les Lieux Saints un véritable protectorat, ^que ses successeurs ne surent pas maintenir, et qui, plus tard, fut restauré pour un temps par les empereurs grecs ^. .

C'est le patriarche de Jérusalem, qui, le premier, le salua comme son suzerain. Tel est le sens véritable de l'ambassade envoyée par liii en 799, et qui apporta à Charlemagne, avec sa bénédiction, différentes reliques du Saint Sépulcre 5. En 8oo, c'est une nouvelleambassade qui, de la part du patriarche, vient' lui apporter les clefs du Saint Sépulcre et du Calvaire, celles aussi de Jérusalem et du mont Sion, et enfin le « vexillum », qui symbolise le pays tout entier dont il lui fait don^. C'était à l'imitation de ce qu'avait fait, en 793, le pape Léon III, envoyant à Charles, avec la clef du tombeau et de la Confession de saint Pierre, l'étendard de la ville de Rome 7. Le patriarche voulait, comme le pape, assurer Charle*

1 . Cf. Abel und Simson, Jahrbûcher des frânkischen Reiches unier Karl dem Grosse»f U, p. 239, 249 et 281.

2. Cf. Abel und Simson, op, cit,^ II, p. 291, 444, 481 et 482.

3. Cf. Abel und Simson, op cit., II, 281, 289, 437, 459, 480 et 481.

4. Ce fut Tobjet d'un traité en 1021 entre Michel IV et le calife d'Egypte Daher. Les empereurs grecs conservèrent ce patronage jusqu'à la prise de Jérusalem en 1075. Cf. Riant, Archives dt V Orient latin, I, p. 13, note 16*

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