‹ Publications spécialesChapitre 47 sur 274 · Cf. Morf, Romania, XIII, p · texte numérisé non relu

Cf. Morf, Romania, XIII, p

2. Cette intention se montre sans doute dans le fait d'attribuer au seul Roland des conquêtes que Charles avait faites sans lui. Encore Tiroportance considérable que prit la personnalité de Roland dans le développement littéraire de la légende pourrait-elle expliquer que le poète le fasse participer à toute la gloire de l'empereur. Une préoccupation analogue se marque dans lé parti pris très évident de déconiposer en ses parties chacun des exploits qui lui est attribué et, au lieu de mentionner en une fois la conquête d'un pays, d'énumérer comme autant de faits distincts celle de chacune des régions qui le constituent. Il ne se contente pas en effet d'attribuer à Durandal k conquête de la France ; il énumère î* Anjou et la Bretagne, le Poitou et le Maine, la Provence et TAquitaine comme autant de pays conquis successivement. De même, il ne mentionne pas en bloc les succès remportés en Allemagne et sur les peuples de TEst, mais il compte comme autant d'exploits différents la conquête de la Bavière et celle de la Flandre, celle de la Saxe, celle de la Bourgogne et jusqu'à celle de la Pologne. Enfin, au lieu de citer la conquête 4e l'Italie, il attribue à Roland celle de l'Italie et ceUe de la Romanie. Le procédé littéraire est aussi net que possible : une énumération des parties sert à l'auteur à accroître l'effet pathétique de toute la scène. ' '

peut aussi que ce soit là une sumvance des traditions relatives aux rapports réels d'alliance et de suzeraineté, qui avaient existé entre Charles et cenains princes de la Grande-Bretagne '. Dans ce résumé de la légende guerrière de Charlemagne, la seule conquête de Constînople serait une invention du poète sans fondement traditionnel, et cela suffit pour nous empêcher de l'admettre.

Il reste donc à considérer le vers du Roland et les allusions du Fierabras provençal comme les précieux témoins d'une tradition qui ne nous est peut-être mal connue, qu'en raison de l'état fragmentaire, où nous est parvenue notre ancienne épopée. A certains indices cependant, on peut supposer qu'elle n'avait jamais eu un grand développement poétique. Nulle part nous ne trouvons d'allusion à un épisode de cette prétendue conquête. Il ne semble pas non plus qu'à cette tradition se soit attaché le nom d'un roi ou empereur grec, adversaire de Charlemagne. La légende s'était sans doute bien peu précisée, puisque, dès le xiii^ siècle, ainsi qu'on le voit par le Fierabras provençal, G)nstantinopIe était devenue une ville païenne et sa conquête un épisode de la lutte contre les Sarrasins. Enfin, quand dans le monde des clercs se forma une légende, dont un des éléments était un prétendu voyage de Charlemagne à Constantinople^ la tradition populaire de la conquête était si pauvre ou si effacée, qu'elle ne put lui fournir aucun détail, aucun trait poétiques. Mais, quoiqu'il en soit de son développement, ce qu'il faut reconnaître, c'est que les rapports historiques de Charlemagne avec l'empire grec avaient donné naissance à une tradition, à une croyance populaire qui attribuait à l'empereur la conquête de Constantinople.

Ainsi, la poésie héroïque, expression directe de nos anciennes traditions nationales, ignore absolument l'un des éléments légendaires qui constituent notre Voyage en Orient. Elle ne connaît l'expédition de Charlemagne à Jérusalem ni sous la forme d'une croisade, ni sous celle d'un pèlerinage. Quant au voyage à Constantinople, si la tradition de la conquête, qui nous est attestée par le Roland^ suppose

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