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Cf. la V édition du poème; p

drait à jamais pour perdu d'honneur'. » L'opposition est assez nette entre la conduite du roi Hugon et les idées deâ Français en matière d'honneur, pour qu'on soit autorisé à reconnaître dans ce trait l'hostilité à l'égard des Grecs, qui fut une des conséquences de la Croisade. Mais qui oserait prétendre qu'on ne peut le comprendre autrement, et qui, d'un pareil détail, se croirait autorisé à conclure que le poème est en effet postérieur à la Croisade? Qu'il nous suffise d'avoir montré que pour soutenir l'opinion contraire, ni le fait invoqué n'est peut-être réel, ni sa valeur suffisamment probante. On a parfois invoqué comme un témoin de l'ancienneté du poème les descriptions qu'il contient de Constantinople et de Jérusalem. Si*, en effet, pour la première de ces villes on peut suspecter la fidélité du poète à reproduire la réalité, si sa façon de nous représenter les habitudes et les mœurs du roi Hugon et de son peuple attestent surtout de sa part une certaine fantaisie, il n'en est pas moins vrai que les merveilles de son palais, et ses enchantements ne sont pas une pure invention. La description qui nous en est faite s'inspirait, au moins dans une certaine mesure, de ce qui était'. De même, et plus nettement encore, il est visible que tous les renseignements que l'auteur nous donne sur Jérusalem, ses monuments et son aspect extérieur, sont empruntés à la réalité. On peut bien dans cette description relever certaines incohérences, certaines erreurs ou confusions dont nous aurons à préciser la nature; les traits qui la composent sont précis et réels' : on les retrouve pour la plupart dans les « Itinéraires » écrits par les pèlerins à leur retour de Terre Sainte. Mais la seule conclusion, intéressante du reste, à tirer de là, c'est que l'auteur du Voyage en Orient, qui n'avait sans doute jamais visité ni Jérusalem ni Constantinople, avait connu et utilisé non seulement les récits de témoins oculaires, mais encore les relations précises et détaillées que certains d'entre eux nous ont laissées.

1. Cf. V. 686 sq. Q.uant de nos vos toraastes, grant oltrage feîstes :

En la chambre laissastes avoec nos vostre espie. Nos savons itel terre ou costume est assise : Se vos Toussez fait, i oust félonie.

2. Cf. Gaston Paris, Romania, IX, p. I2 et PoésUdu moyen dge, pp. 134 sq.

5. Cf. Gaston Paris, Rotttania^ IX, pp. 20 sq. et Poésie du moyett i^e, pp. 136 sq.

Il ne paraît pas possible de dater les tableaux qu'il nous présente de ces deux villes, et par suite d'en tirer une indication quelconque sur le temps où il a écrit. Les merveilles du palais de Bysance avaient été exécutées au ix* siècle et elles subsistèrent bien après la Croisade. Elles firent l'admiration des Croisés comme elles avaient fait longtemps celle des pèlerins. C'est des uns aussi bien que des autres, de leurs récits et de leurs relations que le poète a pu les connaître. Il en est de même pour sa description de Jérusalem. On ne saurait attacher une grande importance à l'argument tiré par Gaston Paris des erreurs et des confusions qu'on y relève '. Il avait cru pouvoir affirmer qu'elles trahissaient une trop grande ignorance de la situation vraie de Jérusalem, et qu'elles ne pouvaient être le fait d'un poète postérieur à la Croisade. Ces notions sur la topographie de la ville sainte lui paraissaient trop vagues et trop incohérentes pour appartenir à l'époque où Jérusalem devenue ville française fut assez exactement connue. Mais, d'abord, il ne faudrait pas laisser croire que la connaissance de Jérusalem ne remonte pas au delà de la Croisade. La topographie des Lieux Saints avait été dès longtemps rendue familière par les récits des pèlerins : la preuve en est que pUisieurs des textes dont se sert Gaston Paris pour contrôler la description du Voyage en Orient sont antérieurs à la fin du xi* siècle*. Dira-t-on qu'il s'agit là de textes écrits et lus surtout par des clercs, qui ne pénétraient pas dans la masse du peuple et n'avaient pu lui rendre familière la topographie de Jérusalem ? Les Croisades elles-mêmes n'y réussirent, sans doute, pas davantage. Un poète populaire pouvait, même au xii*-' siècle, commettre, en décrivant les Lieux Saints, les confusions et les erreurs que l'on remarque dans le Voyage en Orient, Son auditoire n'était pas pour s'en choquer; il lui suffisait d'entendre mentionner les églises et les monuments qui lui rappelaient, les scènes de la Passion. Il se préoccupait sans doute assez peu de déterminer exactement leur situation respective ou de les connaître dans tous leurs détails. Même après les Croisades l'imagination populaire

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