Cf. Poésie du moyen âge ^ p
2, Cf. Romatiia, IX, pp. 20-25 ^^ Poésie du moyen dge^ pp. 136 sq.
ne se représenta la topographie de la ville sainte que d'une façon assez grossière et incomplète. Et dès lors, que pourraient prouver, au point de vue de la date du poème, les notions inexactes données sur Jérusalem par l'auteur du Voyage en Orient} Si, comme nous le croyons, le poète a utilisé des récits des pèlerins exacts et précis, ses erreurs sont aussi curieuses à relever, qu'il ait écrit avant ou après la Croisade. Et s'il se borne à reproduire ce que le peuple savait de Jérusalem, elles sont aussi naturelles, quelque date que l'on assigne à la description et au poème. Les tableaux que l'auteur nous présente de Constantinople et de Jérusalem n'excluent donc pas la possibilité de considérer le Voyage en Orient comme antérieur à la Croisade, mais ils laissent subsister l'hypothèse contraire. Tout ce qu'ils permettent d'affirmer c'est que le poème, peut être, comme on le prétend, de la fin du xi* siècle. On ne pouvait non plus rien conclure d'autre du silence de l'auteur par rapport à la Croisade. Rien jusqu'ici ne nous permet d aller au delà et d'affirmer que le poème doit être daté comme on le fait.
C'est la i:onclusion de M. Morf* lui-même, et l'argumentation de Gaston Paris pour prouver l'ancienneté du Voyage en Orient lui semblerait impuissante, si l'une des preuves invoquées n'avait à ses yeux conservé toute sa valeur. C'est celle que Gaston Paris tirait de la situation politique, où nous est montrée Jérusalem, et de la façon dont nous est représentée l'expédition de Charlemagne, ceci étant du reste la conséquence de cela. Ce qui caractérise, en effet, cette expédition, c'est qu'elle n'a rien de guerrier, et qu'elle est un voyage essentiellement pacifique. Les Français ne se proposent pas la conquête de Jérusalem. Ni en Terre Sainte, ni sur la route, ils ne prévoient la possibilité de combats. Leur équipage l'atteste. Si Charles' emmène avec lui un grand train de chevaliers, de valets et de bêtes de somme, ni lui, ni ses compagnons ne sont vêtus, ni armés pour aller en guerre. Ils vont comme de simples pèlerins, ayant en main le bourdon et montés sur de paisibles mulets (v. 79 sq). Et, en effet, leur voyage n'est marqué d'aucun incident guerrier. Ils traversent