Cf. Historiens des Croisades, III
précieux, Robert le Moine, nous a conservé de ce discours une version, où il est bien question de Charlemagne, mais l'allusion toute générale qui y est faite ne vise que les services rendus par lui à la propagation de la foi '. Le fait qu'il associe dans ce souvenir, non seulement Louis son fils mais tous les rois ses successeurs, nous prouve qu'Urbain songeait surtout au rôle traditionnel de la France, la fille aînée de l'Église, toujours armée pour sa défense. Tout au plus, pourrait-on voir dans ce texte une allusion aux guerres soutenues par Charles contre les populations hérétiques ou infidèles, en particulier contre les Sarrasins, et dont la légende gardait le souvenir. Peut-être est-ce en eflfet un rappel des traditions poétiques dont le peuple composait l'histoire de Charlemagne. Et peut-être est-ce la raison pour laquelle Guillaume de Tyr *, historien plus circonspect, d'accord en cela avec Albert d' Aix, rapporte le discours du pape, en passant sous silence cet argument tiré de la personne et de l'exemple de l'empereur. En tout cas, la version de Robert le Moine, comme toutes les autres, ne contient aucune allusion à la croisade de Charlemagne en Terre Sainte. C'est évidemment qu'une telle allusion n'eût trouvé aucun écho dans l'âme du peuple, mais c'est la preuve aussi, que le clergé lui-même, à la veille des Croisades, n'avait pas encore imaginé cette transformation particulière de la réalité historique.
Nous ne voyons pas davantage qu'il ait, à ce moment, beaucoup parlé d'un pèlerinage de Charlemagne. La légende existait cependant, mais, relativement récente et d'une humble origine, elle
1 . « Moveant vos et incitent animos vestros ad virilitatem gesta praedecessorum vestrorum probitas et magnitudo Karoli Magni régis et Ludovici filii ejus aliorumque regum vestrorum qui régna paganorum destruxerunt et in eis fines Sanctae Ecclesiae dilataverunt ». Historietis des Croisades ^ III, 7*28. Ce texte est reproduit presque dans les mêmes termes au chapitre II de la chronique anonyme désignée d'ordinaire sous le titre de Historia Nicoena veî Antiochena. Cf. Historiens des CroisadeSy V, pp. 141- 142.