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Cf. Potthast, Wegweiser

2. C'est ainsi, qu'il imagine que les reliques sont le prix qu'Azam lui-même met à la faveur que lui accorde l'empereur de se rencontrer avec lui. Il se met en route pour voir celui dont il a entendu vanter la gloire, mais il tombe malade et est forcé de s'arrêter en Corse, sans pouvoir arriver jusqu'à Charlemagne. Il l'en fait avertir et le prie de venir le voir. Mais celui-ci refuse, autant par souci de sa dignité que par crainte du mal de mer. Il se bçmera à envoyer des ambassadeurs pour prendre livraison des reliques. Malheureusement ceux qui l'entourent ont comme lui la terreur de la mer : personne ne veut risquer la traversée pour aller en Corse. Il ne trouve qu'à grand'peine deux hommes de bonne volonté. Ils vont chercher les reliques qu'Azam. malgré sa déception de ne pas voir l'empereur, leur remet. Puis ils reprennent la mer, abordent en Sicile et y déposent les reliques dans un couvent. Ils retournent vers Charlemagne quf se trouve à Ra venue et tous ensemble viennent reprendre les reliques dont l'empereur fait le partage. Cf. Monum, Germ. hist. Script. IV, 447.

3. Cf. la chronique d' Adémar de Chabannes, Édition Chavanon, p. 162, et Gai lia Christiànûy II, 1277.

trouvait à Charroux depuis la fondation de Tabbaye, c'est-à-dire depuis le règne de Charlenugne. Mais il avait été rapporté directement par un pèlerin de Bretagne et donné par lui à Roger, comte de Limoges, le fondateur de Tabbaye. C'est même cette circonstance, qui, connue de Charlemagne, l'aurait déterminé à conseiller au comte de fonder un sanauaire digne d'une si précieuse relique '. La variante est née évidemment du désir qu'avaient les moines de Charroux de composer à leur relique une histoire qui lui fut vraiment propre. Mais ils n'ont pas encore osé prétendre qu'elle avait été rapportée de Jérusalem par Charlemagne lui-même. Us n'adopteront cette fiction qu'au xii* siècle et pour une autre de leurs reliques '. En attendant, ils se bornent à répéter que leur relique, comme celles de toutes les autres églises, a été apportée d'Orient par des pèlerins, des envoyés du patriarche ou des ambassadeurs de Charlemagne. Cela est si vrai, que, dans cette même histoire, où ils s'efforcent de diversifier l'ancienne donnée historique, ils continuent à mentionner d'autres reliques données à l'abbaye par l'empereur et qui lui avaient été apportées, à lui, de l'Orienta

Le Élit est d'autant plus curieux, que, dès ce moment, la tradition du voyage de Charlemagne à Jérusalem existait déjà. Des moines, préoccupés d'imaginer à leurs reliques une illustre origine, n'avaient pas hésité à raconter que Charles lui-même les avait rapportées d'Orient. Mais, en raison peut-être de ce que l'affirmation avait d'audacieux, peut-être aussi du peu d'importance des reliques et des sanctuaires dont elle servait les intérêts, elle avait sans doute paru suspecte ou, du moins, n'avait pas été tout d'abord généralement

r. JCÏ. Gallia Christianûy II, 1 277-1 278.

2. Un fragment de Pierre Comestor, que nous étudierons plus loin, nous rapporte la tradition, d*après laquelle le Saint Prépuce conservé à Charroux aurait été remis à Charles par un ange, alors qu'étant à Jérusalem il priait dans le Temple. Donnée d'abord par Charlemagne à Aix, la relique aurait été transférée plus tard à Charroux par Charles le Chauve. C'est la donnée même de l'histoire imaginée par les moines de Saint-Denis en l'honneur de leurs reliques et Charroux n'a fait que se l'approprier. Cf. le chapitre IV de la présente étude, relatif à la Descriptio de Saint-Denis.

3. Cf. Gallia Christiana^ II, 1277- 1278 et de Mély, Exnvix sacrae Constantinopolitansty p. 181.

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acceptée. Il y a, comme nous le verrons, un siècle d'intervalle entre les deux premiers documents qui nous attestent l'existence de la l^ende. L'un est de la fin du x*, l'autre de l'extrême fin du xi* siècle. Entre les deux on doit évidemment supposer des intermédiaires^ mais ils furent sûrement peu nombreux. La tradition n'est pas encore très répandue, même dans le monde des clercs. Quant au peuple, il continue à ignorer que Charles soit allé à Jérusalem : ni son pèlerinage ni sa croisade n'ont place parmi les croyances populaires^ et cela^ jusqu'à la Croisade.

Par contre, dès le lendemain de la Croisade, dans la plupart des récits écrits entre i loo et 1 1 lo qui lui sont consacrés, les allusions se présentent nombreuses à l'itinéraire suivi jadis par Charlemagne allant défendre Jérusalem, et montrant à l'avance la route et le but aux Croisés de 1095. C'est la légende de la Croisade qui^ inconnue quelques années auparavant, semble s'être dégagée du mouvement d'idées créé par le grand fait qui vient de s'accomplir. On pourrait croire, au moins dans une certaine mesure, à un développement populaire et spontané '. A la vue de Jérusalem et des fondations auxquelles le nom de Charlemagne restait attaché, les Croisés auraient imaginé que l'empereur y serait venu, et, comme eux-mêmes, pour délivrer les Lieux saints de la domination musulmane. A leur retour, la légende se serait répandue avec leurs récits, grâce à la popularité de la légende carolingienne et à l'appui du clergé, intéressé à voir toujours grandir la réputation de piété du futur saint.

Mais, à examiner les textes, il apparaît que l'origine de cette tradition n'a rien de spontané, ni son développement rien de populaire. Elle n'a dû vraisemblablement sa naissance qu'à un malentendu rendu possible par l'existence de traditions voisines, mais étrangères au voyage de Charles en Orient. Sa propagation a été due uniquement au &it, que certains savaient déjà par ailleurs que l'empereur était

I. Cf. Lebéuf, Hisloire de T Académie des Inscriptions, XXI, p. 140.

allé à Jérusalem. C'est parce qu'elle s'est incorporée à une autre légende plus répandue^ qu'elle a obtenu une certaine diffusion et un semblant de popularité. ' •

La première mention s'en trouve dans la Chronique anonyme intitulée Gesta Francorutn et aliorum Hierosolymiianorumy désignée aussi parfois du nom très impropre de Tudebodus abbreviatuSy et dans laquelle on a avec raison reconnu la plus ancienne et la meilleure des histoires de la première Croisade * . Il y est dit que, pour se rendre à Constantinople, une partie des Croisés suivit la route jadis construite par Charlemagne *. Le même trait se retrouve dans trois récits écrits sensiblement à la même époque, entre 1102 et 1 1 10 ^, VHistaria de Hierosolymitano itinere de Pierre Tudebode *, la Hitrosolymitana expeditio dtKohen le Moine 5, et VHistaria Hierosolymitana de Baudry de Bourgueil ^. Nous le trouvons encore dans

1. C{. lAoYxmet y Sources de T histoire de France, II, pp. 280-281, et Hagenmeyer, Peter der Ertmite, p. 344.

2. • Jamjamque Galli e suis remoti sunt domibus. Fecerunt denique très partes Gaili : una pars Francorutn in Hungariae intravit regionem, scilicet Petrus Eren?ita et dux Godefridus et Balduinus frater ejus et Balduinus cornes de Monte. Isti potentissimi milites et alii plures quos ignoro venerunt per viam quam jamdudum Gurolus Magnus, mirificus rex Franciae, aptari fecit usque Constantinopolim. Petrus vero supradictus, primus venit Constantinopolim III. Kal. Augusti et cum eo niaxima gens Alaniannorum. » Historiens des Croisades, III, p. 121.

3. Cf. Molinier, Sources de V histoire de France, II, 281 et 282.

4. «c Jamjamque Galli e suis remoti domibus fecerunt duas partes. Una pars in Hungarise intravit regionem, scilicet Petrus Eremita et dux Godefredus et sapiens Christi athleta, Balduinus frater ejus, quem Deus muniat atque custodiat. Isti prudentissimi milites et alii quos ignoro, penitusque ductore careo, venerunt per viam quam jamdudum Carlomannus mirificus rex Francise aptare fecit usque Constantinopolim. » Historiens des Croisades, III, p. lO-ii.

5. a Hic [Godefredus] cum fratribus suis Eustachio et Balduino per Hun-

gariam iter arripuit, per viam scilicet quam Karolus Magnus, incomparabilis rex Francorum, olim suo exercitui fieri usque Constantinopolim praecepit. la Historiens des Croisades, III, p. 732.

6. Il semble cependant que l'allusion à la route de Charlemagne n'appartenait pas au texte primitif de Baudry. L'éditeur la considère comme une addition postérieure. L'auteur se serait borné à noter que les Croisés avaient traversé la Hongrie. Puis les détails suivants seraient venus s'insérer : « Et transierunt per viam quam Karloraannus, rex Francorum, aptare per montana fecit usque Constantinopolim ». Historiens des Croisades, IV, p. 18-

des textes très postérieurs comme VHistoria de via Hierosolymis^ appelée parfois aussi Historia belli sacri ou Tudebodus continuatus et itnitatus ', ou comme la chronique assez insignifiante, connue sous le titre de BalduiAi III historia Nicœna vel Antiochena *. Il est enfin reproduit par Pierre Diacre, qui mentionne à son tour que les Croisés passèrent par la route que Charles avait fait construire pour aller à Constantinople '.

Mais ni la multipKcité de ces textes, ni leurs divergences de détails ne doivent nous faire illusion. Leur comparaison confirme les rapports constatés par ailleurs entre ces différents ouvrages, et qu'ils dérivent tous de £^oh plus ou moins directe des Gestà Fràncorum, On reconnaît en effet aisément que Tudebode, selon son procédé habituel ♦, s'est borné à copier, en le paraphrasant un peu, le passage des Gesta et c'est son texte, à peine modifié, qui est passé àzns VHistoria de via Hierosolymis K

La version de Roben le Moine est évidemment plus diflPérente, mais l'on a déjà reconnu que son ouvrage n'est qu'un remaniement des Gesta ^ et qu'en particulier, les circonstances, où il place la construction de la route de Charlemagne, ne sont qu'une addition personnelle et sans valeur. De cette rédaction procèdent la variante apportée au texte primitif de Baudry de Bourgueil 7 et aussi le passage de VHistoria Nicoena, Ainsi, directement ou non, toutes les

1. « Primum coeperunt arripere iter, fecerunttres partes. Una pars Fràncorum in Ungariae intravit regionem, scilicet Petrus Eremita, et dux Gottifredus, et Balduînus frater ejus et cornes Balduinus de Monte. Isti prudentissitnî milites et alii plures quos ignoro et quorum nomina penitus dictare careo, venerunt per viam quam antiquitus Carolus, mirificus rex Franciae, aptari fecit usque Constantinopolim. » Historiens des Croisades, III, p. 174.

2. « Porro Godefridus, Lotariorumdux, Eustachii Boloniensis comitis fîlius, cura duobus fratribus suis, Eustachio et Balduino et magna manu militum ac peditum, per Ungariam iter arripiunt, per viam scilicet quam Karolus Magnus olim suo exercitui fieri usque Constantinopolim prascepit. » Historiens des Croisades, V, 144.

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