‹ Publications spécialesChapitre 7 sur 274 · I. Cf. Romaniaj XIII · texte numérisé non relu

I. Cf. Romaniaj XIII

TEurope, arrivent en Palestine, sans coup férir, sans rencontrer la moindre résistance. Ils entrent à Jérusalem quand et comme ils veulent. Dans l'accomplissement de leur pèlerinage ils n'éprouvent aucun ennui. Ils font librement leurs offrandes aux Lieux Saints. Leur séjour se prolonge à leur gré. Pendant plusieurs mois, ils vivent à Jérusalem, comme de nobles chevaliers,

Demeinent grant barnage car remperere est riches.

Ils y construisent une église et la placent sous l'invocation de S*^ Marie. Bref, ils y sont comme chez eux, le patriarche lui-même semblant s'effacer devant Charlemagne, et le reconnaître comme un suzerain. Il est, lui, le maître réel de la ville sainte. C'est à lui qu'on porte la nouvelle de l'arrivée de ces étrangers (v. 135), et il est le seul à s'en émouvoir. A sa façon de recevoir les Français, on sent que c'est lui qui interdit ou autorise l'accès des Lieux Saints. Aucune autre autorité ne semble limiter la sienne. Jérusalem nous apparaît comme un état autonome, sous la seule autorité du patriarche, et presque uniquement peuplée de chrétiens. Ceux-ci font des processions et pratiquent leur culte. Si dans un épisode (v. 129 sq.), il est question d'un Juif, nulle part les Juifs ne sont mentionnés comme un élément important de la population, et il n'est pas question de Musulmans habitant Jérusalem'. C'est là, à n'en pas douter, une curieuse façon de se représenter la situation des Lieux Saints et c'est d'après elle que Ton prétend pouvoir affirmer que le poème est de la fin du xi* siècle.

Il est certain que la situation qu'il nous dépeint ne ressemble en rien à celle de Jérusalem au moment de la Croisade. Le contraste est trop évident pour qu'on ait besoin d'y insister. Avant l'arrivée des Croisés, les Turcs sont les seuls maîtres de la ville. Li-s Chrétiens en ont été chassés et beaucoup même ont péri. Ceux qui restent sont entièrement au pouvoir, du vainqueur. Les Lieux Saints sont aux mains des Infidèles; ce sont eux qui accordent ou refusent le droit de les vénérer et qui règlent pour les Chrétiens la pratique de leur religion.

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