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Cf. Monum. Germ, hist. Script.^ III

LA LÉGENDE DU VOYAGE EN ORIENT tî5

nous, qu'il serait seul à attester . A-t-il connu un autre récit, qui déjà représentait Charlemagne allant lui-même à Jérusalem et à Constan- ^

tinople, et laurait-il stiivi, de préférence à la relation moins dramatique mais plus vraie d'Eginhard?

Cette opinion, formellement exprimée oïl admise de façon tacite, est celle de tous ceuic qui considèrent le poème français du Voyage en j

Orient comme ayant pour fond une légende vraiment populaire. \

Elle est pour eux l'argument suprême en faveur d'une thèse malaisée à défendre, car si elle non plus ne démontre pas véritablement l'origine populaire de cette légende, elle prétend nier la possibilité de l'opinion contraire. Malheureusement, on n'appuie d'aucune preuve l'affirmation, qu'il y a eu des traditions populaires relatives au Voyage en Orient, et que le récit de Benoît, encore que le plus ancien, n'en serait qu'un témoin relativement récent. C'est l'effet d'une tendance, à laquelle on n'a pas toujours assez résisté dans l'étude de notre ancienne poésie héroïque. Que de poèmes dont on a arbitrairement afHrmé l'existence, dans le seul dessein d'expliquer ceux qui nous sont parvenus. Leur seul avantage est d'encombrer l'histoire littéraire et d'altérer le vrai caractère des œuvres qui ont réellement existé. Il ne faut recourir à l'hypothèse des textes ou des traditions perdus, que quand elle est absolument nécessaire. En est-il ainsi pour la chronique de Benoît, et entre son récit et celui de la Vita Karoli, faut-il absolument rétablir un intermédiaire disparu? Pourquoi ne pas expliquer ce récit, comme né uniquement de l'altération du passage d'Eginhard et ne pas considérer Benoît comme l'auteur de cette altération ? Quelle raison a-t-on d'attribuer à un auteur antérieur cette altération de la vérité historique? Pourquoi enfin affirmer que cette légende du Voyage en Orient, telle que nous la présente Benoît de Saint- André, ne peut être que l'expression d'une tradition ancienne, populaire et anonyme ?

C'est Léon Gautier, peu enclin cependant d'ordinaire à diminuer dans l'histoire de notre épopée l'importance de la tradition, qui, le premier, a eu l'idée d'expliquer par une déformation voulue du texte d'Eginhard le récit du moine italien ^ C'est également l'opinion,

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