I. Cf. Épopées françaises y 2^ édition, III, pp
Il8 CHAPITRE II
Graecis Francorum suspecta potentia inter partes cuilibet scandali remaneret unde et illud Graecum extat prover- occasio. Erat euim semper Romanis et bium.... Grecis Francorum suspecta potentia.
Unde et illum Graecum est ad prover-
bium.
Mais, de cette comparaison il ressort surtout avec évidence, que, si certains changements proviennent de l'ignorance du moine italien, un plus grand nortibre sont voulus. Il imagine que c'est à la nouvelle de l'expédition de Charles, que Haroun se détermine à conclure avec lui une alliance. Ce n'est plus de son propre mouvement, mais à la demande de l'empereur, qu'il lui accorde la souveraineté sur les Lieux Saints. On peut, sans doute, supposer que cette modification a pour principe une inintelligence de Benoit, mais elle sert si bien son dessein de grandir le rôle de Charlemagne, et elle contribue aussi si bien à motiver cette expédition, — dont par ailleurs on ne voit pas l'objet, — qu'il est plus naturel de la considérer également comme voulue. Benoît remplace de même par un voyage, que les deux princes font ensemble à Alexandrie, l'ambassade par laquelle Haroun répondait à celle de Charlemagne : celle-ci n'avait plus de raison d'être par suite de la présence de Charles à Jérusalem.
D'autre part, il est curieux de constater, que, même lorsqu'il modifie le texte d'Eginhard, il en reproduit autant que possible les termes. Il suit son modèle, même quand il prétend s'en écarter. Si vraiment il avait puisé ces variantes à d'autres sources, on ne voit pas pourquoi il serait toujours revenu au texte d'Eginhard, pour en utiliser jusqu'aux moindres phrases, et cela même suffirait à rendire l'hypothèse assez peu vraisemblable.
Aussi bien, se représente-t-on mal Benoît de Saint- André se préoccupant de réunir sur les rapports de Charlemagne avec l'Orient le plus grand nombre de renseignements possibles, pour ensuite en enrichir son récit. Ce n'est en effet ni un érudit ni un curieux. Il ignore des choses, qu'un clerc de son temps était presque tenu de savoir. La plupart des chroniques, qui parlent du protectorat de Charlemagne sur les Lieux Saints, mentionnent, à côté du califç
dont la bienveillance le lui concéda, le rôle important que joua dans cette affaire le patriarche de Jérusalem. C'est lui, qui pour exciter le zèle de l'empereur lui envoya plusieurs ambassades, le salua par avance souverain des Lieux Saints et lui fit porter de précieuses reliques \ Or, rien de tout cela n'est rappelé dans le récit de Benoit et le personnage même du patriarche n'y figure pas. Pour le recevoir à Jérusalem, Charles ne trouve que Haroun, et c'est à Constantinople qu'il acquiert les reliques rapportées par lui en Occident.
Enfin, eût-il sinon recherché, du moins connu par hasard une autre tradition, un autre récit que le chapitre de la Fita Karoliy on ne voit pas ce que l'une ou l'autre pourraient être. Il est aisé de supposer arbitrairement des traditions populaires antérieures au récit de Benoît. En fait, on ne voit pas quel trait de ce récit pourrait avoir été emprunté à une légende ou à un poème populaires. Ce n'est assurément pas l'épisode du voyage à Alexandrie, le seul vraiment important qui ne se retrouve pas dans Eginhard. A voir Charles accompagner Haroun jusqu'en Egypte, pour revenir ensuite par Constantinople, on pourrait être tenté de retrouver là un trait de la fantaisie, avec laquelle nos trouvères traitaient souvent la géographie. Mais, outre que pareille ignorance au moyen âge ne leur est pas particulière, il se pourrait, que, malgré son invraisemblance^ ce détail ait été emprunté par Benoit au récit authentique d'un voyage en Terre Sainte. Nous avons en effet l'itinéraire d'un pèlerin du vi* siècle, qui, après avoir visité Jérusalem, se rendit à Hébron, Gaza, Aïlah, poussa en Egypte jusqu'au Caire et Memphis, puis vint à Alexandrie^ pour regagner enfin Jaf& et Jérusalem *. Si l'on remarque que ce pèlerin était un compatriote de Benoit, rendu bientôt populaire par sa sainteté dans toute l'Italie, il est assez vraisemblable de supposer, que Benoît a pu connaître la relation de son voyage, et lui a emprunté ce détail géographique dont il a orné l'itinéraire de Charlemagne.