‹ Publications spécialesChapitre 62 sur 274 · Cf. Tobicr, Descriptiones lerrae Sanctae, pp · texte numérisé non relu

Cf. Tobicr, Descriptiones lerrae Sanctae, pp

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Ce n'est pas non plus une tradition populaire, qui lui a fourni la première partie de, son récit, celle où il raconte les préparatifs de Gharlemagne et la route suivie par lui pour aller en Terre Sainte. Qu'on néglige les énumérations des villes et des pays mis à contrî- -bation, celles aussi des contingents réunis par Charlemagne : elles -sont manifestement imaginées par Benoît pour grandir l'importance de cette entreprise. Qu'on écarte encore tous les détails, qu'il nous donne sur la route suivie. par Charles de Rome jusqu'au « Passage » : ils prouvent seulement que Tauteur connaît la topographie de son pays et se préoccupe de tracer un itinéraire vraisemblaUe, H reste uniquement ceci, que l'empereur ayant rassemblé en un. port de l'Italie méridionale une flotte et une armée immenses, y fit construire un pont de bateaux gigantesque pour gagner la Terre Sainte. Abstraction faite de ce détail manifestement exagéré et à dessein, il n'y a rien là que Benoît ne pût imaginer, en utilisant ce qu'il entendait dire ou même ce qu'il avait vu de ses yeux. De son temps, en etFet, la plupart des pèlerins venaient s'embarquer dans un port italien, pour passer d'abord en Grèce et de là en Palestine. Il n'y a rien dans tout le récit de Benoît, qui trahisse vraiment un emprunta la légende ou à la poésie populaires. ' .

Dan$ ces conditions, l'hypothèse d'une source autre que la Vita Karoli et d'un caractère diflFérent reste purement arbitraire '. Coinment. le moine italien, qui se montre si servile imitateur d'Eginhard, aurait-il pris tant de libertés avec son autre modèle,, jusqu'à en éliminer tous le^ traits caractéristiques, à l'exception de la venue en personne de Charles à Jérusalem et à Constantinopk ? En réalité, Benoît de Saint-André n'a utilisé que l'ouvrage d'Eginhard, jet son récit du Voyage en Orient n'est qu'une altération çpn§ciQnte du passage delà Fï/a iiTarc?//.

Pour illustrer davantage la relique de son couvent, il s'ôst^ borné

à prétendre qu'elle lui 'avait été donnée par Charlemagne et que

I. Cest ce qu'admettait M. Morf. Obligé de reconnaître les emprunts faits par Benoit à la Vita Karoli^ il persistait cependant à affirmer rexistçoce d'une tradition populaire qu'il aurait paiement utilisée. Cf. Romania,XLlî, 212, nôtç i,

ccluû-ci l'avait rapportée d'Orient. Cétait de son. temps une chose acceptée par les clercs, que Charles avait distribué à beaucoup d'églises les reliques acquises sous son règne. La vérité était, qu'il en avait réuni un grand nombre dans sa chapelle d'Aix*, et très naturellement, après sa mort, on profita de l'obscurité qui entourait ces reliques et leur origine, pour en authentiquer beaucoup d'autres encore plus suspectes. On prétendait pour certaines, qu'elles provenaient d'Aix-la-Chapelle ; pour d'autres, on affirmait que Charles les avait données directement aux églises qui se flattaient de les posséder. De toute façon, Charlemagne passait à cette époque pour Je grand poiirvoyeur de reliques : trop de gens étaient intéressés au succès de la légende, pour que de bonne heure elle ne fût établie daas le monde des clercs.

La concurrence et la rivalité qu'excita entre un grand nombre d'églises la possession de leurs reliques eût ensuite pour effet naturel de la modifier. Sur la donnée générale, qui en attribuait le don à Charlemagne, on imagina des détails, des circonstances, qui avaient pour bût de rendre l'histoire de chaque relique à la fois plus vraisemblable et plus glorieuse. Chaque église fut amenée à surenchérir sur les récits de ses rivales. Qu'on en juge par le roman ima^né par les clercs de Reichenau, pour expliquer la présence dans leur cloître du précieux isang de Jésus-Christ '.

On avait d'abord répété à propos de telles ou telles, reliques, qu'elles provenaient de la chapelle d'Aix, ou que Charlemagne "les avait reçues de l'empereur grec, qu'un pèlerin les lui avait apportées ou qu'elles lui avaient été envoyées par le patriarche de Jérusalem. Un jour vint, où un moine voulut trouver mieux, pour mettre hors de pair la relique de son couvent. L'idée se présenta tout naturelle-» ment à lui, de faire rapporter cette relique d'Orient par Charlemagne lui-même. On savait parmi les clercs ses rapports avec l'Orient, les ambassades échangées avec les rois grecs et avec les califes. On connaissait son protectorat sur lés Lieux Saints et ses fondations pieuses à Jérusalem. De là. à imaginer qu'il avait iété lui-même à

I. Cf. RaLUScheriy Die Légende Karls des Grossen, p, 141. ^ <:

Z* C(,jupra, p. ^ ^ . , . . . ..

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Jérusalem et à Constahtinople, il n'y avait qu'un pas et Benoit de Saint-André le franchit.

Qu'on se représente le moine italien, uniquement préoccupé de vanter son couvent et sa relique, et par ailleurs ignorant du respea dû à la vérité historique. On comprendra aisément, qu'il n'ait eu aucun scrupule à l'altérer pour la plus grande gloire de son cloître. Mais en même temps, comme il n'a pas une grande imagination, et qu'il serait incapable de mettre sur pied un récit du prétendu voyage de Charlemagne, il s'empare du passage de la Vîta Karoliy et, sans y rien ajouter d'autre, il se borne à attribuer à l'empereur ce que Eginhard rapponait de ses anibassadeurs. Enfin, comme celui-ci naturellement ne disait rien des circonstances du voyage, il en exagère les préparatifs, pour qu'ils soient dignes du héros, mais, pour tout le reste, il le peint à l'image des pèlerinages qu'il avait vu se former sous ses yeux, ou dont les récits se transmettaient dans les cloîtres et parmi les clercs. Il a, nous l'avons déjà vu, utilisé certainement ces récits de pèlerins ', mais, contrairement à une opinion trop facilement, admise *, il ne" leur a emprunté que quelques détails, et nullement l'idée même du Voyage de Charlemagne en Orient.

Cette idée, il ne l'a trouvée nulle part. Elle lui est personnelle, et c'est elle qui l'a déterminé à altérer, comme il l'a fait, le passage de la Viia Karoli, Telle est la genèse de son récit, et l'on n'y saurait rien discerner, qui trahisse l'influence de traditions ou de poèmes populaires. C'est essentiellement la falsification d'un texte historique. A moins de supposer qu'un moine, procédant de même, avec un même esprit et dans un dessein analogue, avait déjà tiré du passage d'Eginhard un récit du voyage de Charles, que Benoît aurait reproduit en y iilsérant la mention de la relique de son cloître, et si l'on renonce à cette hypothèse aussi gratuite* qu'inutile, il faut bien reconnaître, que c'est ce Benoît de Saint-André, qui a vraiment créé la légende du Voyage en Orient.

Pauvre légende du reste, et qui mérite à peine ce nom. Dépourvue

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