Cf. supra, p. ii
2. Cf. Foncemagne, Histoire de V Académie des Inscriptions , XXI, pp. 147 sq.
de l'éclat, de la naïveté et des détails, dont s'orne d'ordinaire l'histoire dans l'imagination populaire, elle n'est, au sortir des mains de Benoît, que l'histoire audacieusement altérée. Elle n'est même la légende, que parce qu'elle n'est plus l'histoire. La principale altération, celle qui la constitue vraiment, a consisté à substituer la personne de Charlemagne aux ambassadeurs, envoyés plusieurs fois par lui au calife Haroun et aux souverains de Constantinople. Une seconde, non moins essentielle, a été la transformation de ces ambassades distinctes en un voyage unique, qui conduit l'empereur successivement à Jérusalem et dans la capitale grecque.
C'est là une particularité intéressante pour l'histoire de la légende et l'intelligence des textes qu'elle a inspirés. Le récit de Benoît de Saint-André, comme notre poème français et comme les autres textes où nous aurons à l'étudier, semble en effet formé de deux parties, l'une relative à l'expédition de Charles à Jérusalem, l'autre à son voyage à Constantinople. Même, dans le poème, la distinction se marque plus nettement parle caractère différent qu'y revêtent ces deux voyages; le premier est un pèlerinage, l'autre semble n'être qu'un voyage d'aventures. De là, l'idée admise jusqu'ici, que notre Voyage en Orient serait né de la fusion de deux récits antérieurs, reposant tous deux sur des traditions distinctes et à l'origine indépendantes*. Cette conception, en elle-même vraisemblable, semblait confirmée par les disparates et les différences de ton, constatées dans les deux parties du poème et qui sont, comme l'on sait, une de ses principales caractéristiques. Mais, quels que soient ses rapports avec la légende créée par Benoît de Saint-André, il est au moins curieux de constater, que, dans la chronique du moine comme dans le poème, il est question à la fois d'une expédition à Jérusalem et d'un voyage à Constantinople, celui-ci faisant suite à celle-là. La liaison entre les deux est si essentielle, qu'elle est reproduite dans les autres récits inspirés de la légende comme un de ses traits constitutife.
Il est clair que l'hypothèse, par laquelle on veut expliquer la composition du poème français, ne saurait convenir au récit de Benoît. L'idée