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Il est sans doute très ignorant, mais H Jsait que jamais Oiartemagne n'imposa par la force ses volontés au calife Haroun, et que jamais non plus il n'a ravi sa capitale à l'empereur grec. L'un et l'autre ont toujours été des égaux pour l'empereur d'Occident : il n'a dû qu'à leur bienveillance les avantages qu'il a obtenus d'eux. Prétendre autre chose, c'était rendre invraisemblable un récit qu'on voulait avant tout faire passer pour vrai. Le moine italien n'écrivait pas, en effet, pour le peuple, ni pour flatter son amour-propre national ou simplement son goût pour les belles histoires et les- plus glorieuses. Il écrit en latin, et pour des clercs qu'il impône surtout de convaincre. Il ne doit raconter que ce qu'ils peuvent croire. Il fait, avons-nous vu, venir la relique de Saint-André non de Jérusalem, mais de Constantinople : c'est la seule origine, au moment même où il écrit, qu'un clerc puisse accepter, pour une relique arrivée en Occident au temps de Charlemagne *.

Et de même, il ne pouvait représenter les rapports de Charles avec les souverains orientaux autrement que des clercs, même grossièrement instruits de l'histoire, pouvaient les concevoir. Sa fiction du Voyage en Orient n'est donc qu'une pseudo-légende, puisqu'il cherche surtout à s'écarter le moins possible de la réalité historique.

C'est une légende artificielle, créée par l'arbitraire d'un moine, dans un dessein utilitaire. Elle est d'esprit nettement clérical : à l'aller et au retour, Charles reçoit la bénédiction du pape et, ce qui ressort de tout le récit, c'est surtout la piété et la supériorité morale de Charlemagne. Il ne va à Jérusalem, que pour y réclamer le droit de veiller sur les Lieux Saints, à Constantinople, que pour confondre les empereurs grecs par sa magnanimité et son désintéressement. Si, ici comme là, il ne peut repousser les présents dont on le comble, de tous les plus précieux sont les reliques, et celle en particulier qu'il destine au couvent de Saint-André. Rien donc n'est moins spontané, moins populaire que cette légende du Voyage en Orient, si l'on en juge par son origine et par le caractère, que dès l'abord lui a donné son auteur.

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