I. Cf. Rauschen, Die Légende Karls des Grosse», p
Coui.irr. — Voyngr de Charîemagne m Orieut.
« ses trésors. Et, en voyant arriver le roi Charlemagne, le roi des
« Grecs fut très content. Il laccueillit chez lui ainsi que ses compagnons et il pria Charlemagne le roi de Taider dans sa guerre contre les païens. Et Charlemagne lui dit qu'il ne retournerait pas dans son pays, avant de les avoir forcés à se convertir et que la bonne paix ne fût faite. L'empereur grec lui en fut très reconnaissant. Mais les païens ne faisaient pas grand cas de Charlemagne. Ils firent de grands préparatifs pour combattre les Français, leur livrèrent bataille, et un grand nombre des nobles païens périrent. Le roi Charlemagne et Naimon et leurs compagnons prirent tous les chefs et les menèrent au roi des Grecs. Le roi Charlemagne y perdit aussi un grand nombre de ses hommes. Là périt le roi Guidelon, beau-père du roi Charlemagne, et avec lui 50 chevaliers et trois autres puissants seigneurs. Le nom du roi païen était Miran. Il prêta serment au roi des Grecs dans les conditions que lui fixa Charlemagne le roi. Il devait chaque année lui donner 1500 livres d'or et dix mules et sept chameaux. Après quoi, Charlemagne prit congé pour retourner dans son pays; mais le roi des Grecs lui offrit de lui donner Constantinople et de devenir son sujet. Le roi Charlemagne lui répondit : « Dieu me défend de l'accepter, parce que tu es l'empereur et le chef entre tous des Chrétiens. Je veux plutôt te demander de me donner quelques reliques, pour que je les emporte dans mon pays de France. » Et l'empereur lui dit, qu'il le ferait avec plaisir. Il lui donna un morceau du Suaire, avec lequel Notre-Seigneur avait essuyé sa sueur quand il eut parlé au peuple, et aussi sa hosa et une partie de la. Sainte Croix, et la pointe de la lance, qui lui avait percé le flanc, et la lance de saint Mercure. Le roi Charlemagne s'inclina jusqu'à terre, touchant le sol de ses mains; puis, il prit congé et retourna dans son pays, rempli de joie et bénissant le Seigneur. Et le roi des Grecs l'accompagna jusqu'au château, où se trouve le bras de saint Grégoire; là, ils s'embrassèrent et se séparèrent. Le roi Charlemagne retourna en France
et avec ses compagnons vint au château de Trêves (Triverisborgar).
<c De là, ils se rendirent à Aix et y laissèrent la hosa. Ils laissèrent
« le Suaire à Compiègne (Komparins) et la Sainte Croix à Orléans « (Orliens). Charlemagne garda pour lui la lance et la pointe de « la lance. Il les fit placer dans le pommeau de son épée. Pour « cela il l'appela Joyeuse (Giovise) en raison du don qu'il lui « avait fait. De là vient que tous ses chevaliers crient Montjoie « (Mungeoy), quand ils s'excitent au combat. »
Tel est le récit, dont, pour l'histoire de la légende du Voynge en Orient, il importe de fixer autant que possible l'âge et le caractère. C'est en effet cette légende qui en fait le fond. Les traits essentiels de la narration de Benoît s'y retrouvent : Charlemagne va à Jérusalem, revient par Constantinople et c'est à Constantinople qu'il acquiert les reliques rapportées par lui en Occident.
Cette simple constatation a pour effet d'écarter l'hypothèse, à laquelle on avait recours pour expliquer la composition du poème, dont ce récit serait l'abrégé. On le considérait, lui aussi, comme résultant de la fusion de deux traditions ou de deux récits distincts et antérieurs. Même, du fait que le pèlerinage aux Lieux Saints n'y occupait qu'une place très secondaire, Gaston Paris avait cru pouvoir affirmer, que ce poème perdu avait pour fond premier et pour sujet véritable l'autre expédition. C'était essentiellement, d'après lui, un Voyage à Constantinople, auquel le Pèlerinage se serait ajouté plus tard comme un épisode accessoire. A son tour, M. Morf ne s'est pas représenté autrement la composition du prétendu poème, mais, donnant dans le voyage à Constantinople une importance particulière à la guerre contre le roi Miran, il faisait de cet épisode le centre de la narration. C'était le sujet propre du poème, où il retrouvait une inspiration nettement belliqueuse. On n'aurait fait précéder ce poème de Miran du récit du pèlerinage de Charlemagne, que pour lui servir d'une introduaion, du reste peu développée '. Le récit dont la Saga nous a conservé l'abrégé, serait né de la fusion de deux poèmes antérieurs, l'un, ce poème de Miran qui racontait un voyage de Charles à Constantinople,