I. Cf. Remania, XIII
l'autre, que M. Morf appelle te Fœu, où était relaté un pèlerinage entrepris par lui en exécution d'un vœu '.
La comparaison du récit de la Saga avec celui de Benoit de Saint André a pour effet immédiat de débarrasser l'histoire littéraire de l'hypothèse de poèmes qui n'ont jamais existé et de nous mieux représenter sa composition. Le double voyage à Jérusalem et à Constantinople n'est pas l'indice de la fusion d'éléments distincts, mais un des traits originaux de la légende du Voyage en Orient. La présence de ce trait fidèlement reproduit permet d'affirmer, que le récit résumé par la Sof^a était bâti sur la même donnée essentielle que celui du moine italien. Quel que soit l'âge, quel que soit le caractère que nous devions lui reconnaître, il n'est évidemment qu'une forme de la légende créée par Benoît de Saint André.
Pour ce qui est de sa date, l'opinion généralement admise est que nous avons affaire à un récit très ancien et, en tout cas, antérieur à notre Chanson de Roland, On peut, il est vrai, se demander sur quoi elle est fondée. Il est clair, que la présence de ce récit dans la Karlamagnus-Saga ne peut en rien nous être une preuve de son ancienneté. Ce recueil, qui est tout au plus du commencement du xiii* siècle, comprend des éléments d'âges très différents. Dans le récit lui-même, on a voulu relever comme une preuve de son ancienneté le fait, que, comme dans les plus vieilles chansons du cycle carolingien, Charlemagne réside non à Paris ou à Laon mais à Aix-la-Chapelle *. Qui cependant d'après ce seul trait, dont le caractère traditionnel suffirait à expliquer la présence dans un texte du xii* ou du xiii' siècle, se croirait autorisé à considérer ce récit comme réellement très ancien ? '
En réalité, le seul indice vraiment sérieux concernant son âge est
1 . Cf. le tableau dressé par M. Morf pour représenter le rapport de ces différents poèmes. Romanidy XIII, p. 252.