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Cf. Romania^ XIII, pp. 209, 210, 212 et

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Descriptio '. On ne s'explique cette abondance de récits relatifs à la même légende, que par le souci qu'a l'auteur d'être aussi complet que possible. Peut-être aussi est-ce un effet de l'intérêt qu'ont toujours eu pour les Scandinaves les récits concernant cet Orient, où leur mythologie plaçait le pays des Ases ^.

Quel qu^ soit du reste le motif qui le guide, il reproduit ces trois formes de la même tradition, sans chercher à dissimuler ou à réduire leurs divergences, sans faire de différence entre le poème populaire que semble être le Voyage en Orient et le récit clérical qu'est la Descriptio. C'est donc l'étude seule du récit relatif à cette tradition, qui peut nous apprendre s'il est l'abrégé d'une chanson épique.

Ce qui est incontestable, c'est que sous la forme où il s'offre à nous, il semble bien avoir un air et une couleur épiques, en quoi il se distingue très nettement de la narration de Benoît de Saint- André. Au lieu que celui-ci n'avait rien emprunté qu'à l'histoire et à la réalité contemporaine, le cadre, où dans la Saga se développe la légende créée par lui, les épisodes qui s'ajoutent à la donnée essentielle et les personnages associés à l'entreprise de Charlemagne sont sans aucun doute d'origine poétique. Reste à savoir, s'ils appartiennent au récit primitif abrégé par la Sagay ou si leur addition est le fait du compilateur norvégien.

Quel que soit l'auteur de ces emprunts à l'épopée, il est manifeste, qu'il fait surtout appel à des traditions secondaires, et qui semblent de date récente, si même elles ne sont pas des inventions à lui propres. La seule vraiment ancienne est celle, qui, d'accord avec le Roland y considère Naime, Turpin, Roland et Olivier comme les compagnons inséparables de Charlemagne. Par contre, l'ancienne épopée ne lui connaît d'autre fils que le roi Louis, le héros du Couronnement, et, si certains poèmes tels que Jourdain de Blaives, la

1. Cf. Bibliothèque de P École des Chartes, 1865, pp. 35 et 41.

2. Cf. Rôhricht in Raumer, Historisches Taschenbuch, 1875, pp. 3SO-351. C'est certainement une des raisons de la vraie popularité qu'obtint dans les pays du Nord le poème du Voyage en Orient, dont par ailleurs, et notamment en France, la diffusion fut si restreinte.

Mort Aitnerij Renaut de Montàuban et Aiol lui attribuent, comme notre récit, un fils du nom de Lohier ', ils se fondent assurément sur des traditions récentes et dont l'origine n'a rien d'historique *. Elle ignore également que Charlemagne ait eu une femme appelée Aude et ne sait rien de la généalogie qui donne à celle-ci Naime pour frère, et pour père le duc Guidelon de Bavière '.

On a voulu expliquer ces singularités comme « provenant d'une tradition étrangère au grand courant de la poésie épique * ». Cela revient à dire que ce sont des traditions récentes, et c'est ce que confirme la présence de Gérard Cygne au nombre des compagnons de l'empereur. Le caractère merveilleux de l'arrivée de ce héros, qui dans la Saga précède immédiatement le récit du Voyage en Orient, sufiit pour nous avertir, que ni lui ni sa légende n'appartiennent au fonds ancien de nos légendes nationales. On s'accorde, en effet, à reconnaître que l'un et l'autre ne se sont introduits qu'assez tard dans les poèmes du cycle carolingien K Ce n'est assurément, ni à la date reculée où l'on plaçait la composition de ce récit, ni même à la fin du xi* siècle, comme nous le daterons plus tard, qu'on peut admettre le Chevalier au Cygne parmi les personnages et les légendes de la geste royale. Notre épopée nationale n'a pas encore, à cette époque, perdu à ce point le sentiment de ses origines et de son caractère. Il reste donc que ce mélange de traditions certainement récentes soit le fait du compilateur. Écrivant au plus tôt dans les premières années du xiii^ siècle, il aurait, consciemment ou non, ajouté aux récits qu'il reproduisait des éléments et des détails de dates différentes. C'est une hypothèse toute naturelle que d'autres indices viennent encore confirmer.

En effet, quoique l'on soit mal renseigné sur la plupart des per-

1. Cf. Langlois, Table des noms propres. . .compris dans les chansons de geste, p. 400.

2. Cf. Gaston Paris, Biblioth, de F École des Chartes, 1864, p. 92.

^. C'est à tort, que Gaston Paris (ibidem) dit que Aude était fille du duc Gérard. Elle est, d'après le texte de la Saga, fille de Guidelon, lequel est par suite le beau-pére de Charlemagne.

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