Cf. Morf, Romania^ XIII
LE RÉCIT DE LA KAkLAMAGSVS-SAGA Ï45
trésors et Thommage dont le roi grec veut récompenser ses services; il leur préfère les quelques reliques qu'il rapportera en France. Ainsi la guerre contre le roi païen crée presque une véritable disparate. C'est un épisode guerrier dans un récit qui ne l'est pas ' .
Ce qui nous confirme dans l'idée, que ce pourrait être un épisode ajouté du dehors, par l'auteur du récit primitif, à la donnée essentielle de la légende, c'est que la guerre contre Miran n'a rien qui lui corresponde dans le récit de Benoît de Saint André. On- dirait même, qu'elle ne semble avoir été imaginée que pour combler une des lacunes, que nous avons relevées dans cette première narration du Voyage en Orient ^. Ce que celle-ci, en effet, avait de particulier, c'est que rien n'y était motivé, ni expliqué. Pourquoi Charlemagne se décidait-il à aller à Jérusalem, puis à passer par Constantinople ? Pourquoi à tant d'autres présents les empereurs grecs joignaient-ils encore des reliques?
Toutes ces obscurités n'existent pas dans le récit que nous a transmis la Saga, De même qu'il s'efforce de justifier le Voyage en Orient, en nous le présentant comme l'accomplissement d'un vœu, il cherche à rendre vraisemblable l'acquisition des reliques qui est toute sa raison d'être. Mais, ce qui est intéressant à constate!:, c'est la nature des raisons et des circonstances ajoutées pour combler les lacunes de la donnée primitive. Si l'on écarte les détails accessoires introduits plus tard par le compilateur, il est certain que le vœu pieux, qui motive le pèlerinage de Charles, ne saurait passer ni pour un emprunt à l'épopée ni pour un motif essentiellement épique. Autant il convient à un
1. Déjà M. Morf avait été obligé de reconnaître le caractère essentiellement pacifique du voyage à Jérusalem. Il expliquait même parla la brièveté surprenante, avec laquelle il est raconté dans le récit de la Saga^ « comme il convient à une vieille chanson qui ne perd pas de temps à dépeindre des expéditions pacifiques ». Cf. Remania, XIII, p. 213. Mais le voyage à Constantinople n'est pas en lui-même moins pacifique. Les deux éléments ont le caractère de la légende tout entière, telle que Ta créée Benoît de Saint André, et le récit de la Saga ne fait que reproduire fidèlement son esprit original. Quant au peu de développement qu'a reçue dans le récit U partie concernant le voyage à Jérusalem nous verrons qu'il tient à d'autres causes.