Cf. supra, pp. 77, sq
que par ailleurs il falsifiait, il n'avait eu aucun scrupule à représenter les trois empereurs Nicéphore, Michel et Léon régnant simultanément, lors de l'arrivée de Charlemagne '. Nous retrouverons dans d'autres récits inspirés de cette légende des traces de ce trait primitif. Nous verrons, en particulier, comment certains clercs, qui ont voulu, en se référant à Benoît et à ses imitateurs, insérer la mention de ce prétendu voyage dans des chroniques véritables, se sont efforcés de corriger l'invraisemblance pour se rapprocher de la vérité historique. Le moyen, auquel a eu recours l'auteur de notre récit, est sans doute assez radical. Au lieu de chercher un synchronisme possible et de changer les noms donnés par Benoît de Saint- André, au lieu de supposer non pas trois, mais deux empereurs, un père et un fils, celui-ci associé à l'empire du vivant de son père *, il imagine une solution qui coupe court à toute contestation. Quand Charlemagne arrive à Constantinople, il y trouve naturellement un empereur régnant, et, pour éviter toute contradiction avec l'histoire, il évite de le désigner avec précision. C'est « le roi grec », sans autre nom : l'expédition de Charles peut dès lors se placer sous n'importe quel règne, à n'importe quelle date. Si elle n'a pas cessé d'être une pure invention sans réalité historique, du moins les circonstances où on la place ne choquent pas ouvertement la vérité des faits.
Un autre trait, où se marque ce même désir de respecter la vraisemblance historique, est la façon dont ce récit de la Saga nous représente les rapports des deux empereurs et la situation de Charlemagne à l'égard du « roi grec ». Ce qui est assurément curieux, c'est la subordination affectée par Charles. Il refuse l'hommage que l'empereur de Constantinople veut lui faire de sa terre. Et, sans doute, ce qui ressort de là, c'est le prix attaché aux reliques, dont la possession lui paraît préférable à celle de tous les royaumes, mais surtout, c'est l'impossibilité pour l'auteur du récit